Jean-Paul Gasparian – Le clavier enchanté…
Hors-Série La Vague Classique 2026
Le 20 juin à La Maison du Cygne
Jean-Paul Gasparian, pianiste exceptionnel au talent incontesté, se réjouit de revenir jouer pour la Vague classique, dans le Festival de musique classique d’une petite ville ayant réussi à attirer les plus grands noms. Il emplira de sa merveilleuse musique le jardin remarquable, à la fin du concert des cigales…
Comment se découvre-t-on le don et la capacité de travail pour une carrière de pianiste ?
Le concept de don est toujours un peu flottant et difficile, mais la question de l’environnement est très importante et, dans mon cas, mes deux parents sont pianistes et m’ont initié au piano quand j’avais cinq ou six ans. Ce qui compte le plus, à mon avis, c’est l’exposition et la familiarisation avec le monde musical le plus tôt possible, afin de développer l’imagination, l’oreille et la sensibilité. En ce qui concerne le travail, j’ai d’abord appris auprès de mes parents pianistes et professeurs, puis j’ai rapidement intégré différents conservatoires. Il y a également ce qui ne dépend pas de nous, comme la forme et la taille des mains et d’autres facteurs avec lesquels les pianistes composent et qui va participer à déterminer leur choix de répertoire.
Je voulais justement vous demander quelle était votre relation avec vos mains, elles paraissent douées d’une existence propre quand vous jouez !
Alors, j’ai des doigts relativement fins mais des mains plutôt larges, c’est très bien pour certaines pièces et moins bien pour d’autres, il n’y a pas vraiment de mains idéales. C’est un avantage pour les répertoires de Rachmaninov, Scriabine ou Liszt, où l’on a besoin d’avoir une extension la plus grande possible, mais pour d’autres pièces, des mains plus ramassées sont plus appropriées. Cela fait partie des choses qui ne dépendent pas de nous et ensuite, c’est au pianiste de travailler ses atouts et points faibles donnés par la nature.
On vous connait dans vos interprétations de musique russe, française, mais aussi arménienne pour votre dernier disque, parlez-nous de vos choix pour la Vague Classique.
Il y aura une partie consacrée à Chopin, un de mes compositeurs de prédilection, j’y reviens cette année avec des Mazurkas, œuvres de sa dernière période, extrêmement audacieuses d’un point de vue harmonique. Je jouerai aussi des valses très célèbres de la même époque et que le public reconnaitra, puis la troisième ballade et la « Polonaise héroïque » que j’interprète depuis mon plus jeune âge. Une autre partie du programme est consacrée à la musique française, une de mes grandes passions, comprenant du Debussy et du Fauré. Debussy avec la Suite Bergamasque, une œuvre que je trouve magnifique, plutôt représentative de la première manière du compositeur, tournée vers le XVIIIè siècle, très hédoniste, qui évoque l’univers sensoriel des tableaux de l’époque la plus joyeuse et tendre de Renoir, ou Fragonard, Watteau… Quant à Fauré, son répertoire pour piano seul est, en 2026, une nouvelle addition à mon répertoire et je jouerai deux nocturnes, le six et le treize, les plus beaux à mon avis. Le treizième nocturne qui est le dernier, très épuré, avec une grande densité polyphonique et un sentiment assez déchirant, qui fera contraste avec l’esprit plus doux et sensuel du sixième nocturne.
Et les compositeurs contemporains ?
Je dirais que la musique d’après guerre a une place réduite dans mon répertoire, mais j’ai joué du Boulez, du Murail ou des œuvres de mon père et je trouve que travailler des œuvres avec des compositeurs vivants est un processus extrêmement enrichissant.
Weena Truscelli