Karine Deshayes – Portraits de femmes.

Hors-Série La Vague Classique 2026

Le 23 juillet 2026 à La Collégiale Saint-Pierre

La mezzo-soprano se produira, accompagnée de l’ensemble Les Paladins, à la Collégiale Saint-Pierre dans un programme consacré à deux portraits de femmes de Haendel. Elle évoque les spécificités de sa tessiture, son travail quotidien et le lien privilégié qu’elle tisse avec le public en récital.

Le mezzo-soprano est souvent perçu comme une voix rare. Quelles en sont les particularités ?
Ce n’est pas si rare qu’on le dit. Les voix les plus rares sont plutôt les mezzos très graves, les altos. Le mezzo-soprano est une voix intermédiaire : elle peut monter assez haut, parfois comme certaines sopranos, mais avec des couleurs plus rondes. Cela demande un travail constant. Cela fait trente ans que je suis professionnelle, et je travaille tous les jours. En ce moment, je suis en production de « Don Giovanni », avec un rythme très soutenu : six jours sur sept avec six heures de répétition quotidienne…

Vous allez interpréter à Six-Fours Armida et Lucrezia de Haendel, qu’est-ce qui fait la particularité de ces rôles, réputés difficiles à interpréter et comment s’est fait le choix de ces œuvres ?
Ce programme est né d’une longue collaboration avec Jérôme Correas et l’ensemble Les Paladins, avec qui je travaille depuis plus de vingt ans. Nous avons enregistré plusieurs disques ensemble, dont « La Lucrezia ». Ce sont des pièces très exigeantes, à la fois vocalement et théâtralement. « La Lucrezia », par exemple, raconte le viol de l’héroïne par Tarquin : c’est un récit de trahison, de douleur, de folie. Il y a un lien avec le personnage de la magicienne Armide, autre figure féminine poussée à l’extrême. Ce sont deux mini-opéras écrits la même année à Rome. Haendel y déploie une grande virtuosité, mais aussi une intensité dramatique très forte.

Vous serez accompagnée par divers instrument dont un théorbe (type de luth). Quel rôle joue cet instrument ?
Le théorbe a une place essentielle, notamment dans les récitatifs. Il fait partie du continuo et permet une grande liberté. Il y a un véritable dialogue entre la voix et les instruments, comme le violoncelle ou le théorbe. Ce n’est pas toujours entièrement écrit : le chef d’orchestre peut choisir de mettre en avant tel ou tel instrument à certains moments. Nous répétons beaucoup afin de trouver cet équilibre et cette respiration commune.

Vous êtes très présente à l’opéra. Qu’est-ce que le récital change dans votre rapport au public ?
À l’opéra, il y a une distance : la fosse, la scène, le public dans le noir. En récital, surtout dans des festivals comme celui-ci, la relation est beaucoup plus directe. On voit les visages, on sent les réactions, et il peut y avoir un échange après le concert. J’y suis très attachée. Cela permet aussi d’explorer des nuances plus intimes, de chanter plus piano, de jouer avec l’acoustique du lieu.

Vous avez été plusieurs fois sacrée aux Victoires de la Musique. Que représentent ces distinctions ?
Ce sont avant tout des reconnaissances de nos pairs, et cela compte beaucoup. Pour les jeunes artistes, c’est un véritable coup de pouce. Quand on est nommé ou récompensé en tant qu’artiste lyrique de l’année, cela ne change pas forcément une carrière, mais cela vient saluer un parcours, des choix, un travail sur la durée. J’ai toujours été très touchée par ces distinctions. Et puis, il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas en concurrence : toutes les voix sont nécessaires. Être récompensée, c’est une joie, bien sûr, mais aussi une manière de partager cette reconnaissance avec tous ceux qui nous accompagnent.
Fabrice Lo Piccolo