Marc Perrot – Un rock tendu et intime.
Virages en concert au Centre Culturel Tisot le 25 avril 2026 (en première partie de Bertrand Belin)
Le duo varois Virages sera sur la scène du Centre Culturel Tisot le 25 avril, en première partie de Bertrand Belin. Entre minimalisme, tension et poésie en français, Marc Perrot et Alexis Da Silva Maïa défendent un rock indépendant à fleur de peau, en constante évolution. Rencontre avec leur chanteur.
Vous faites un rock indépendant inspiré de la scène anglo-saxonne, mais vous chantez en français. Vous décrivez votre univers comme minimaliste et tendu…
Oui, c’est vraiment l’essence du projet. On cherche une forme de dépouillement, quelque chose de très direct, sans artifices. Il y a une tension qui vient de là : peu d’éléments, mais chacun compte énormément. On vient tous les deux d’univers différents. Moi, avec mon projet Écume, j’étais dans quelque chose d’assez doux, alors qu’Alexis vient d’un univers plus rock, avec Gang of Peafowl. Notre musique naît de cette rencontre, de ce frottement entre deux sensibilités.
La question de la langue est centrale. On est très attachés à la musicalité des mots, à leur phonétique. L’idée, c’était de faire sonner le français autrement, sans tomber dans quelque chose de trop pop ou trop attendu. Alexis était très marqué par le rock des années 90, et moi j’avais envie d’écrire des textes presque comme des fragments de films, avec une forme de récitation, une voix parfois monocorde. On cherche une forme d’abstraction, quelque chose de contemporain, qui ne ressemble pas forcément à ce qui existe déjà.
Vous êtes aujourd’hui revenus à une formule en duo. Pourquoi ?
À la base, Virages a toujours été un duo. On avait élargi la formation à d’autres musiciens pour donner une dimension plus rock, mais notre bassiste Marion Morales est partie vivre aux États-Unis. Finalement, revenir à deux, c’est redevenu une évidence. On est sur la même longueur d’onde, et on assume complètement ce côté dépouillé. Ça nous permet d’être plus bruts, plus libres, plus instinctifs. Avant, on utilisait des séquences, c’était plus figé. Aujourd’hui, tout est plus vivant : on peut faire évoluer les morceaux sur scène, les rallonger, improviser.
Justement vous serez en concert à Tisot en première partie de Bertrand Belin. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est un artiste qui nous a marqués, notamment dans sa manière de travailler la langue française. Son univers nous parle. On avait déjà fait sa première partie aux Théâtres en Dracénie, mais dans une configuration acoustique. Cette fois, on a totalement revisité nos morceaux pour le duo : guitare sèche, guitare électrique, basse VI, une stomp box pour le rythme… On veut apporter plus de mouvement, une dimension plus incarnée. On va aussi présenter un nouveau morceau, » À fleur de peau « . Et puis jouer dans une salle comme Tisot, une des plus belles salles de la région, devant six-cent personnes, c’est une vraie étape pour nous.
Vous avez sorti récemment le single » Le Sublime « , assorti d’un très beau clip. Peux-tu nous en parler ?
Il est né d’une boucle assez lente, presque comme un battement de cœur. Quand Alexis m’a fait écouter les accords, ça m’a traversé immédiatement. Le texte parle de choses très personnelles, mais aussi de sensations plus universelles. Il y a cette idée qu’on ne réalise jamais complètement ce qu’on traverse. Et malgré tout, il y a une forme d’espoir — ça se termine sur “j’attendrai”. Le clip, réalisé avec des artistes de notre région par Victor Chapin avec Matisse Truc et Juline Thibaut, a été tourné en une journée, dans un lieu qui comptait beaucoup pour nous et qui n’existe plus aujourd’hui. Les deux acteurs ne se connaissaient pas, et ils ont réussi à capter une forme de fragilité et d’intensité très juste.
Comment composez-vous ensemble ?
En général, Alexis m’envoie une base musicale. Parfois, ça m’inspire immédiatement et j’écris très vite. D’autres fois, j’ai besoin de laisser décanter. Je ne remets jamais en cause ce qu’il propose. Je prends le temps de comprendre, puis je construis avec ça. Et inversement, il peut aussi partir de mes textes. L’idée, c’est d’éviter les rapports d’ego. On accepte ce que l’autre apporte, et on crée ensemble. Aujourd’hui, on a envie d’aller encore plus loin dans cette démarche : produire nous-mêmes nos morceaux, sortir des singles quand on le souhaite, sans forcément penser à un album, et développer une tournée en duo.
Fabrice Lo Piccolo