Marine Roux – Portraits de roches.
Exposition « Les roches rouges. Eclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle », jusqu’au 31 octobre, au musée des Beaux-Arts de Draguignan
Marine Roux, adjointe au conservateur en chef, chargée des collections du Musée des beaux arts de Draguignan et commissaire de l’exposition « Roches rouges », nous propose de découvrir ou redécouvrir la puissance esthétique et picturale du massif de l’Estérel.
Comment est née l’idée d’une exposition sur les roches rouges à l’aube du XXè siècle ?
Le projet est né dès la construction du parcours des collections permanentes du musée, inauguré il y a trois ans, après sa rénovation. Nous souhaitions, avec le directeur, centrer le propos de la salle du XXè siècle autour de la question du paysage en Méditerranée, car la collection contient des œuvres sur cette thématique, et notamment une de Charles Camoin, artiste fauve ayant parcouru l’Estérel. J’ai donc commencé à travailler sur le sujet du paysage méditerranéen et de l’Estérel en pensant produire une exposition sur le fauvisme dans le massif. Je me suis alors rendu compte que le tableau de Camoin dont j’ai parlé, avait été exposé au fameux Salon d’automne de 1905, qui avait fait scandale et marqué l’avènement public de ce qui serait appelé le fauvisme. Cela m’a intéressée, et au fur et à mesure de mes recherches je me suis aperçue qu’il y avait beaucoup d’autres artistes et courants artistiques qui avaient fécondé le territoire, créé un réseau dans l’Estérel, et j’ai décidé de me focaliser sur le site et les démarches artistiques qui avaient été explorées sur place, plutôt que sur un courant artistique en particulier.
De quelle façon s’articule la présentation des œuvres ?
En réalisant une exposition sur un lieu il semblait essentiel, en plus d’aborder l’histoire de l’art, de proposer une compréhension du massif en termes de volume, de relief, mais également de l’essor du tourisme à cette époque. Le parcours débute par une section pensée comme un cabinet de géographie qui, par l’appréhension du relief, permet aux visiteurs de comprendre le changement d’image dont le massif a fait l’objet au XIXè siècle. Puis, l’exposition propose une balade immersive et sensorielle au sein de l’Estérel, soit en empruntant les itinéraires des artistes, soit en amenant le visiteur à réaliser des parallèles entre différentes visions d’artistes sur un même site, puis une immersion dans la roche elle-même, qui devient un sujet autonome avec des œuvres que l’on peut qualifier de “portraits de roches“. Enfin, la dernière section est consacrée – bien que la roche se suffise graphiquement à elle-même – à l’insertion de la figure humaine dans les paysages.
Comment avez-vous rassemblé les œuvres ?
Nous en présentons deux de notre fonds, ainsi qu’un guide touristique appartenant à la bibliothèque du musée. Le reste provient pour moitié d’institutions muséales, et pour l’autre moitié de collections privées. Il a fallu faire d’importantes recherches auprès des collègues des musées, mais en ce qui concerne les collections particulières ça a été un vrai travail d’enquête ! J’ai sollicité de nombreuses maisons de vente qui ont été les intermédiaires entre les propriétaires actuels et le musée.
Le massif fascine t-il toujours les artistes de nos jours ?
Oui, il y a énormément d’artistes qui viennent peindre l’Estérel, mais ce sont des artistes plutôt “locaux“. En terme d’artistes contemporains ce n’est pas vraiment un sujet récurent, par contre nous allons accueillir cet été Léo Fourdrinier, artiste important sur la scène contemporaine qui réside dans le Var et va proposer des ateliers sur sa propre vision du massif pendant une résidence de trois semaines.
Weena Truscelli