Marion Rampal – Dans les traces d’Abbey Lincoln.
Song for Abbey, le 22 mai à l’Espace des Arts au Pradet.
À l’occasion de son passage au Pradet le 22 mai, Marion Rampal présente « Song for Abbey », un projet sensible et habité en hommage à Abbey Lincoln. Entre jazz, folk et chanson, l’artiste marseillaise revisite avec liberté et profondeur le répertoire d’une figure majeure mais trop discrète du jazz. Porté par une interprétation incarnée et une approche résolument personnelle, ce concert promet un moment d’émotion rare, à la croisée de la mémoire et de la création.
Comment décririez-vous aujourd’hui votre identité artistique ? A-t-elle évolué au fil des années ?
Je ne pense pas qu’elle ait tant évolué que ça. J’ai toujours aimé chanter des mélodies et des mots — j’en écris moi-même, ce qui me rapproche d’une tradition de troubadours. Je me situe à la frontière entre le jazz, la folk et la chanson, un carrefour dans lequel je me sens bien depuis longtemps. D’ailleurs, beaucoup d’artistes que j’écoute, comme Rickie Lee Jones ou Abbey Lincoln, explorent aussi cet espace. C’est un travail autour des instruments acoustiques, de la mélodie et du texte, avec une grande place laissée à l’improvisation et à la liberté sonore — c’est là que le jazz m’a profondément influencée.
Vous consacrez aujourd’hui un projet à Abbey Lincoln. Qu’est-ce qui vous a particulièrement touchée chez elle ?
Sa musique m’accompagne depuis longtemps. Ce qui m’a frappée, c’est qu’on parle souvent des chanteuses de jazz uniquement pour leurs qualités vocales, mais beaucoup moins pour leur travail de composition. Abbey Lincoln fait partie de celles qui ont enrichi le répertoire du jazz en écrivant leurs propres chansons. Or, les femmes compositrices sont encore trop peu mises en avant dans ce domaine. J’avais envie de lui redonner cette place. J’aurais aimé que ses chansons soient davantage enseignées dans les écoles de jazz.
Son répertoire reste relativement méconnu. Comment le faire découvrir au public ?
Cela se fait naturellement. Le public entre progressivement dans son univers, ses mélodies, ses thèmes. Abbey Lincoln célèbre profondément la musique, et cela se partage facilement. Je n’ai pas voulu éviter le défi de mettre en lumière une artiste moins connue. Et les retours sont très beaux : beaucoup de spectateurs me disent qu’ils sont allés écouter ses disques après le concert. Aujourd’hui, on redonne une place importante à des figures féminines dans la littérature ou la pensée. Il me semblait essentiel de ne pas oublier Abbey Lincoln dans le champ du jazz. Elle a eu un parcours très indépendant, ce qui explique sans doute qu’elle soit restée moins célèbre que d’autres grandes figures comme Billie Holiday ou Nina Simone.
Comment abordez-vous l’interprétation de ses chansons ?
Je chante ses mélodies, donc je suis déjà dans son imaginaire. La structure musicale guide forcément l’interprétation. Mais pour la voix, il était important de ne pas chercher à l’imiter. Abbey Lincoln elle-même critiquait cette tendance chez certains artistes à copier leurs aînés. J’ai abordé ce travail presque comme une metteuse en scène ou une dramaturge, en me posant la question à chaque chanson : comment la faire exister sur scène, dans des contextes différents ? C’est un travail vivant, qui évolue sans cesse — comme pour tout spectacle.
Vous allez jouer au Pradet. Avez-vous un lien particulier avec la région ?
Oui, le Var est lié à mon histoire familiale. Ma mère est toulonnaise, et mes grands-parents y vivaient. Mon grand-père jouait du piano, mon arrière-grand-père était engagé dans le jazz après-guerre, et un autre était professeur de piano et compositeur à Toulon. Même si j’ai surtout grandi à Marseille, cette région fait partie de mes racines.
Grégory Rapuc