Nacim Battou – Deux créations au festival L’ImpruDanse.
« Un grand récit » et « Danse, ma parole » dans le cadre du Festival L’ImpruDanse à Draguignan du 14 mars au 4 avril
Artiste associé aux Théâtres en Dracénie depuis quatre saisons, Nacim Battou, chorégraphe de la compagnie des Bouches-du-Rhône Ayaghma, participe régulièrement au festival L’ImpruDanse à Draguignan. Entre panorama chorégraphique international, engagement social et création collective, il revient sur son attachement à ce rendez-vous et sur ses deux propositions : « Un grand récit » et « Danse, ma parole », conçu avec le metteur en scène Julien Avril.
Artiste associé aux Théâtres en Dracénie, tu as souvent participé au Festival L’ImpruDanse. Comment le regardes-tu aujourd’hui ?
En quatre saisons comme artiste associé, j’ai vu la mutation du festival. Il a pris de l’ampleur. Ce qui est passionnant, c’est qu’on y découvre tout le paysage chorégraphique actuel : de la compagnie locale à la compagnie internationale. Il ne s’agit pas seulement de spectacles. Il y a des tables rondes, des rencontres, des discussions. On sent un véritable appétit du public. Les gens se retrouvent dans ce festival comme ils se retrouvent dans une saison artistique : cela crée du lien. J’y ai présenté presque toutes mes pièces. C’est aussi un espace d’expérimentation. Je trouve incroyable que Maria Claverie-Ricard (directrice des Théâtres en Dracénie et programmatrice du festival) réussisse à inviter des têtes d’affiche internationales — la Batsheva, des compagnies argentines… C’est formidable qu’elles viennent à Draguignan.
Dans « Un grand récit », tu revisites l’histoire de l’humanité à travers la notion de communauté. La portée sociale est-elle centrale pour toi ?
Oui, sociale et politique, mais toujours à travers le prisme de la sensibilité et des émotions. Selon les valeurs que l’on défend, il s’agit de lutter — contre nos bas instincts, contre les injustices. Ce qui m’intéressait, c’était de mettre le doigt sur toutes ces luttes qui nous ont permis de mieux vivre aujourd’hui, même si le combat n’est pas terminé. Les grandes batailles historiques, mais aussi les petits combats : les associations, les débats autour d’un verre, les discussions qui font évoluer les mentalités. Je pense par exemple aux « sorcières », souvent des femmes en avance sur leur temps qui voulaient simplement vivre libres. « Un grand récit » est une ode à ces luttes. On part du passé pour aller vers le futur : quelles sont les luttes essentielles aujourd’hui ? Quel avenir dessinons-nous ?
On y retrouve du hip-hop, du classique et du contemporain, portés par huit danseurs. Comment as-tu travaillé ?
Je viens du hip-hop, je suis autodidacte. J’ai toujours appris en rencontrant des personnes différentes. En créant ma compagnie, j’ai voulu retrouver cet esprit-là. Je ne voulais pas uniquement du hip-hop. Je voulais que les interprètes soient des auteurs de leur propre danse. Ensemble nous fabriquons une histoire commune. On ne part pas de la technique, mais du récit. Ce qui me guide, c’est l’engagement du corps. J’aime quand c’est physiquement engagé. La scénographie et la création lumière, imaginées par Caillou (Michaël Varlet) sont également très importantes.
La musique joue également un rôle fondamental dans ta pièce…
Elle est composée par Matthieu Pernaud, avec des sons de Thomas Millot, musicien explorateur parti enregistrer des sons à Tchernobyl, ou sur un porte-conteneurs en mer du Nord. Il m’a proposé ces matières sonores incroyables, très organiques. Irène Reva et des chanteuses d’opéra ont également posé leurs voix. La musique amplifie, transforme, suggère. Je veux que le public vive une immersion sensible. Pour évoquer le passé, nous sommes allés chercher des sons enregistrés par la NASA, notamment autour des trous noirs. Nous avons aussi utilisé des instruments préhistoriques.
Avec Julien Avril, metteur en scène et également artiste associé, vous proposez un spectacle hors-du commun en clôture du festival, « Danse, ma parole », parle-nous de cette rencontre et de son aboutissement qui a donné ce spectacle.
Je n’étais pas monté sur scène depuis longtemps. Notre lien avec Julien s’est fait naturellement. Nous avons des approches très différentes : moi, je pars des sensations ; lui crée un théâtre documentaire, en lien avec des chercheurs en collapsologie ou en physique quantique. Notre rencontre est presque une « erreur dans la matrice ». Mais nous avons compris que ce qui nous éloignait pouvait devenir un chemin à parcourir l’un vers l’autre. Maria nous a proposé d’en faire un spectacle. L’idée de départ ? Inverser les rôles : moi, faire du théâtre ; lui, danser. J’aimerais être dans une forme proche du stand-up, comme une conversation autour d’un feu de camp, à la manière des conteurs du Maghreb.
Fabrice Lo Piccolo