Paulo Azevedo – La rencontre des danses du Brésil et d’Afrique du Sud.
“tamUjUntU“ au Théâtre de l’Esplanade à Draguignan, le 4 avril pour le Festival L’impruDanse.
Invité du Festival L’impruDanse, organisé par les Théâtres en Dracénie, le célèbre chorégraphe brésilien Paulo Azevedo s’associe avec la non-moins célèbre cie sud-africaine Via Katlehong et présente « tamUjUntU », une création qui met en dialogue les danses urbaines du Brésil et d’Afrique du Sud. À travers ce spectacle, il explore la manière dont les cultures se rencontrent, se transforment et produisent de nouvelles formes de mouvement.
Pouvez-vous nous présenter le titre du spectacle « tamUjUntU » et nous expliquer ce que signifie ce mot ?
À l’origine, il y a une expression brésilienne très utilisée à Rio : “tamo junto” ou “estamos juntos”, qui signifie littéralement « nous sommes ensemble ». C’est une expression que les gens utilisent dans la rue pour montrer leur soutien, leur solidarité, une manière de dire « ne t’inquiète pas, on est ensemble ». Pour le spectacle, j’ai transformé cette expression en un mot nouveau: tamUjUntU. Ce mot n’existe pas vraiment dans la langue, mais il condense cette idée d’être ensemble, de complicité et de partenariat. J’ai également modifié l’orthographe pour évoquer les sonorités bantoues d’Afrique du Sud, avec la présence marquée des lettres « U ». C’est donc une sorte de mot-valise, qui relie différentes cultures.
Dans ce spectacle, né de votre collaboration avec la cie sud-africaine Via Katlehong, vous faites dialoguer des danses urbaines du Brésil et d’Afrique du Sud. Comment est née cette rencontre entre ces deux cultures ?
La question qui m’a guidé au départ était simple : que se passe-t-il lorsque deux danses se rencontrent ? Comment s’influencent-elles, et que naît-il de ce contact ? Cette interrogation a structuré la dramaturgie de la pièce. Dans la première partie, chaque danse est présentée de manière claire à travers des solos. Chaque interprète montre un style, une gestuelle particulière. Dans la seconde, ces danses commencent à se croiser. Les danseurs partagent un même espace et créent ensemble de nouveaux mouvements. Les styles se rencontrent et produisent des formes qui n’ont plus forcément de nom. Sur scène, il y a notamment un sol de terre : lorsque les danseurs bougent, la poussière se soulève. Cette poussière devient une métaphore de la rencontre : c’est ce qui surgit lorsque les cultures entrent en contact.
Votre travail est souvent lié à des questions sociales et humaines. Comment cette dimension apparaît-elle dans ce spectacle ?
Je ne peux pas vraiment séparer la dimension sociale de mon travail artistique. Pour ce projet, j’ai travaillé avec des danseurs issus de quartiers périphériques au Brésil et en Afrique du Sud. La relation avec la ville, avec les communautés et avec leur culture fait naturellement partie du processus. Au début, les danseurs apparaissent dans les zones périphériques du plateau, et la lumière éclaire ces espaces plutôt que le centre, alors qu’habituellement, le centre de la scène est le lieu principal de visibilité. C’est une manière symbolique de questionner la visibilité des cultures périphériques. La lumière devient presque un geste politique : ce qui est visible existe et acquiert une forme de pouvoir.
Qu’est-ce que cela représente pour vous de partager ce travail avec le public français ?
Le spectacle a déjà tourné en France l’an dernier, avec une vingtaine de représentations dans différentes régions. À chaque fois, le public l’a accueilli avec des sensibilités et des réactions variées. Dans le reste de l’Europe, le dialogue change encore : le public apporte son propre regard. Pour moi, c’est précisément ce que l’art doit faire : susciter des réactions différentes selon les contextes. C’est toujours très stimulant de partager ce type de réflexion avec le public français.
Grégory Rapuc