Rémy Kerténian – Martin Parr, grand observateur de nos petites habitudes.

Hors-Série Arts Plastiques 2026

Exposition Martin Parr, short and sweet du 20 juin au 19 septembre

À travers l’exposition Short & Sweet, la Ville de Toulon rend hommage à Martin Parr, disparu en décembre dernier. Entre humour, satire et humanisme, cette rétrospective conçue avec Magnum Photos retrace près de cinquante ans d’un regard unique sur les sociétés occidentales. Rémy Kerténian, directeur des affaires culturelles de Toulon et commissaire de l’exposition, revient sur l’œuvre d’un photographe devenu une figure majeure de la photographie contemporaine.

Martin Parr est un photographe hors-du-commun, avec un regard avant tout social, qu’est-ce que vous aimez chez ce photographe ?
Suite à sa disparition en décembre dernier il nous est apparu plus que nécessaire de rendre hommage à Martin Parr, figure majeure de la photographie contemporaine. Une première exposition lui avait été consacrée à la Maison de la Photographie en 2011 avec sa série « Luxury ». Cette nouvelle exposition se veut un condensé rétrospectif de son œuvre, après l’immense exposition du Jeu de Paume à Paris. Durant près de cinquante ans il a su nous familiariser avec son regard aussi incisif que profondément humain sur les sociétés occidentales.

Comment cette exposition s’organise-t-elle ?
L’exposition « Short and Sweet » conçue en collaboration avec Magnum Photos, propose un parcours à travers neuf séries emblématiques du travail de Martin Parr. Elle débute avec ses premiers reportages en noir et blanc réalisés dans le nord de l’Angleterre. Ces images sensibles et déjà non conformistes témoignent des communautés méthodistes et des transformations sociales de l’Angleterre des années 1970. Au début des années 1980, Martin Parr adopte la couleur qui devient l’une des signatures de son langage photographique. Avec « The Last Resort », série fondatrice réalisée dans la station balnéaire de New Brighton, il compose une chronique visuelle de la société britannique de l’ère Thatcher. Saturation des couleurs et accumulation des signes de consommation transforment des scènes ordinaires en tableaux à la fois critiques et profondément vivants. Puis, des années 1990 à nos jours avec les séries « The Small World », « Dance », « Beaches », « Establishments » et « Fashion », il élargit l’observation des comportements contemporains. Tourisme mondialisé, loisirs collectifs, sociabilités balnéaires, codes vestimentaires ou rituels sociaux deviennent autant de terrains d’enquête photographique. Avec son esthétique immédiatement reconnaissable, Martin Parr a su capter les contradictions, les excès et parfois l’absurdité de notre monde sans jamais renoncer à une forme d’humanisme et d’empathie envers ses sujets. Ainsi, entre satire sociale et observation anthropologique, « Short and Sweet » invite ainsi le visiteur à regarder autrement un monde en mutation permanente, un monde dont Martin Parr aura révélé, avec une acuité unique, les travers autant que la vitalité.

Pouvez-vous nous détailler quelques-unes de vos images préférées ?
Plus qu’une photographie préférée, j’ai un faible pour la série « Beaches ». Ici, on se balade sur les plages du monde entier, qui deviennent sous l’objectif acéré de Martin Parr un vaste théâtre social. Corps bronzés, repas improvisés, jeux d’enfants, accumulation d’objets plastiques et recherche forcenée d’un bonheur estival forcément éphémère composent cette série à la fois drôle et tragique. Entre satire et tendresse, ces clichés, pris entre 1990 et 2000, révèlent toutes les contradictions de notre société des loisirs.

Fabrice Lo Piccolo