Sam Bobino – Un festival international profondément humain.

Hors-Série Cinéma en Liberté 2026

Parrain depuis quatre ans de Cinéma en Liberté, cocréateur et président du Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule, de la semaine du cinéma Positif à Cannes et des Paris Film Critics Awards, Sam Bobino revient sur son attachement au rendez-vous toulonnais. Entre ouverture au monde, défense du court métrage et passion pour les jeunes talents, il évoque aussi ce qui fait, selon lui, l’ADN unique du festival.

Vous êtes le parrain du festival. Qu’est-ce qui nourrit votre engagement auprès de Lisa et de Cinéma en Liberté ?
Il s’agit d’un festival international. Bien sûr, l’ancrage territorial est important, mais il y a aussi cette volonté de faire venir des talents d’autres pays. Aujourd’hui plus que jamais, dans le contexte international que l’on connaît, le dialogue entre les cultures et les communautés est essentiel. Le nom même du festival, Cinéma en Liberté, dit beaucoup de choses : la liberté des œuvres qui circulent, des artistes qui voyagent. On voit de grands artistes qui ne peuvent pas se déplacer librement aujourd’hui… Mais le festival garde aussi une dimension humaine. Ici, il n’y a pas de barrières entre les artistes et les spectateurs. Il y a une vraie convivialité, une proximité, une fête. Sans oublier le cadre exceptionnel : la Tour est un décor de cinéma à elle seule, avec ses vieilles pierres, le ciel étoilé… Tout cela participe au succès du festival, qui grandit et se professionnalise chaque année, tout en restant porté par une équipe de bénévoles dont on sent l’amour et la passion.

Quel souvenir gardez-vous de l’édition précédente ?
Ce que j’apprécie, c’est l’équilibre entre les genres : des films dramatiques, des comédies, des œuvres plus artistiques. Le festival propose un spectre très large. Mais il y a aussi une identité engagée : des films qui ont des choses à dire, qui poussent à réfléchir. Je dirige également, pendant le Festival de Cannes, la Semaine du Cinéma Positif, qui cherche à faire dialoguer cinéma et société. Et l’an dernier, on sentait clairement que les films étaient le reflet de leur époque : guerre en Ukraine, mouvement #MeToo… Il y avait une forme de gravité dans beaucoup d’œuvres. Je pense qu’on retrouvera sans doute cette année ce contraste entre la dimension très festive de l’événement et des sujets parfois plus sombres.

Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon court métrage ?
D’abord une histoire. Comme pour un long métrage, tout part du récit. Ensuite viennent le jeu des acteurs, la mise en scène, l’aspect technique, les décors, la direction artistique ou encore la musique. Je remarque d’ailleurs qu’aujourd’hui certains longs métrages utilisent beaucoup de compilations musicales, alors que les courts font souvent davantage appel à des compositions originales. Je trouve cela très intéressant. Et puis il y a la question du format. Personnellement, je pense que l’exercice est plus fort lorsqu’on reste autour de dix ou douze minutes. Le court métrage possède une force particulière : quelque chose de plus direct, plus percutant, presque comme un coup de poing. J’aime aussi les courts métrages qui existent pour eux-mêmes, qui ne sont pas simplement des brouillons de futurs longs métrages.

Quelle est l’importance de ce type de festival dans le paysage cinématographique ?
Elle est essentielle. Le court métrage a finalement très peu de visibilité en dehors de quelques cases à la télévision ou des plateformes, notamment sur France TV ou Arte. Sa véritable vie se déroule dans les festivals. Ils ont donc une responsabilité majeure. Et même les festivals consacrés au long métrage devraient continuer à défendre cette forme. Les réalisateurs de longs de demain sont souvent les auteurs de courts d’aujourd’hui. Leur parcours passe par les sociétés de production, les chaînes, le CNC, mais aussi par ces festivals qui leur offrent une première visibilité. Quand on rêve un jour d’arriver au Festival de Cannes, cela commence souvent dans ce type d’événement.

Vous êtes aussi président fondateur du Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule. Quels liens voyez-vous avec Toulon ?
On aime dire que nous sommes un peu les grands frères de Toulon ! Il existe un lien affectif, amical et respectueux entre les deux festivals. À La Baule, nous avons une spécificité autour de la musique de film. Alors forcément, quand je viens à Toulon, j’ai toujours un regard particulier sur les films qui proposent une musique originale. C’est aussi une manière de permettre à de jeunes compositeurs d’émerger. Cette année, nous célébrons la douzième édition du festival de La Baule. Le festival est désormais bien installé dans le paysage. Nous rendrons hommage à Bruno Coulais, compositeur notamment des « Choristes », des « Rivières Pourpres », d' »Océan » ou encore du « Peuple migrateur ». Et je me dis parfois qu’un prix dédié à la musique de film à Toulon pourrait avoir beaucoup de sens. Ce serait une belle passerelle entre nos deux événements.

F. Lo Piccolo