Samir Bouallegue – Le court métrage, un espace de liberté totale.

Hors-Série Cinéma en Liberté 2026

Fidèle compagnon du festival depuis plusieurs années, le réalisateur varois Samir Bouallegue signe une nouvelle fois la bande-annonce de cette édition. Entre parcours atypique, passion du court métrage et attachement à l’esprit singulier du festival, il revient sur son cheminement et sa vision d’un cinéma libre.

 

Tu réalises la bande-annonce de Cinéma en Liberté. Comment cette aventure avec le festival a-t-elle commencé ?
Je connais Lisa depuis les Beaux-Arts. Puis nos chemins se sont recroisés quand « Sonrisita » a reçu un prix à Cinéma en Liberté. Ensuite, j’ai été membre du jury, puis l’année suivante j’ai réalisé les teasers et l’aftermovie du festival. Chaque année, je récupère les films sélectionnés pour préparer la bande-annonce, et c’est un vrai privilège : je peux découvrir en avant-première des films de très haut niveau. Le festival va chercher là où d’autres événements plus connus ne vont pas forcément regarder : il s’intéresse aussi à des démarches d’autoproduction. Il a gardé un aspect très humain, très charnel dans sa relation avec le public. À chaque édition, il y a un vrai succès populaire. Lisa et son équipe réussissent à préserver une cohérence, un esprit de partage et de générosité dans un cadre magnifique.

Ton parcours n’était pas destiné au cinéma au départ. Comment s’est faite cette évolution ?
J’ai une formation en arts plastiques, je viens des Beaux-Arts et pas du tout du milieu du cinéma. Nous avons tout d’abord créé un collectif d’acteurs au Revest, Barbak & Gougoutte, et avons réalisé une série de courts métrages. On imaginait quelque chose d’absurde, presque stupide, mais derrière il y avait finalement beaucoup plus de fond qu’on ne le pensait. « Sonrisita » a touché le public, jusqu’à recevoir des prix internationaux et même une projection hors compétition à Cannes. J’ai ensuite réalisé différents courts métrages, dont « Varlifornia » pour Alexandre Telliez-Moreni. Puis j’ai voulu professionnaliser mon parcours, notamment autour du scénario. Je me suis formé à la dramaturgie à travers des résidences d’écriture. Cela m’a permis de développer des projets accompagnés par des professionnels. J’ai notamment été présenté au producteur Olivier Chantriaux, de Filmo2, très implanté dans le monde du court-métrage, qui a été séduit par mon univers. J’ai alors commencé à écrire mon premier long métrage, le scénario vient d’être retenu par la Région Sud et le CNC qui m’aident à continuer son écriture. Ce ne sont plus les mêmes temporalités. Développer un long métrage peut prendre trois, quatre, cinq ans, parfois davantage, et malgré cela le projet peut ne jamais voir le jour. Très peu de films sont financés. Pour moi, cette reconnaissance est importante parce qu’elle vient aussi valider une place d’auteur. En parallèle, je réalise des clips, je développe une série, et j’ai aussi été sélectionné par Meditalents où j’ai pu travailler avec de grands scénaristes.

Que représente pour toi l’art du court métrage ?
Il faut être capable de raconter une histoire en très peu de temps tout en gardant une véritable dimension cinématographique : créer des personnages, installer des enjeux, un univers, une fin… et faire en sorte que cela marque le spectateur. Il y a aussi une immense liberté créative. Cette liberté est plus difficile à retrouver dans le long métrage où les enjeux financiers deviennent considérables et où d’autres personnes peuvent intervenir dans les choix artistiques. Dans le court, on peut arriver de nulle part avec quelque chose de très singulier à raconter. Et les festivals permettent aussi quelque chose d’unique : voir énormément de films en très peu de temps. On passe d’un univers à l’autre, on voyage sans cesse.

Fabrice Lo Piccolo