Simonne Rizzo – La puissance du fragile.

« Isicathulo », le 15 avril à KLAP, maison pour la danse à Marseille, le 18 avril au Théâtre Jules Verne à Bandol et le 25 avril à l’Espace des Arts au Pradet.

Simonne Rizzo signe sa sixième création et dessine un dialogue entre la force représentative du masculin et la puissance du fragile. Sur scène, la danse contemporaine, le stepping et le rap se rencontrent pour créer une symphonie corporelle captivante, où chaque discipline se nourrit de l’autre pour donner naissance à un langage scénique unique. Les quatre interprètes hybrides et le M.C. explorent les limites du corps et de l’émotion, défiant les stéréotypes de genre pour révéler une palette d’expressions pointées vers une quête d’intensité.

Que veut dire le terme « Isicathulo » ?

Il signifie « chaussure » en zoulou, qui est un instrument de percussion et un moyen d’expression artistique en Afrique du sud. Le stepping emprunte une partie de son histoire à la Gumboot Dance et aux mineurs sud-africains. Il est pratiqué dans les fraternités et sororités américaines depuis les années 60, permettant d’exprimer des luttes et des joies communautaires.

Parle-nous du stepping et de ta relation à cette danse.

Cette discipline de percussion corporelle hip-hop me fascine. Elle concilie précision gestuelle et rythmique et porte une identité urbaine, à travers le hip-hop, discipline grâce à laquelle je me suis pleinement émancipée à l’adolescence. Je suis constamment à la recherche de nouveaux challenges et me suis donné l’opportunité d’être formée par les pionniers du Stepping en France, Cheikh Sall et Mourad Bouhlali. Continuer à apprendre, à nourrir mon écriture chorégraphique est indispensable pour moi. Et il s’avère que mon écriture est axée sur le rapport musique – danse depuis toujours. Le Stepping est la seule discipline hip-hop qui crée sa propre musique et grâce à elle, j’ai vu l’opportunité d’articuler la danse et la musique de façon idéale. J’ai donc décidé de choisir cette technique comme fondement pour cette nouvelle pièce et de concevoir sa rencontre avec la danse contemporaine.

Qu’est-ce qui a influencé le choix des artistes chorégraphiques pour cette nouvelle création hybride ?

Pendant ma formation, aux côtés de Béatrice Warrand, ma collaboratrice, je me suis rendu compte de toute la rigueur que le stepping demande. J’ai donc recherché des danseuses et danseurs qui soient aussi des musiciens et des artistes endurants, humbles, et faisant preuve de cohésion. Ce sont quatre interprètes hybrides, danse contemporaine-hip-hop : Joël Beauvois, Dalila Cortes, Laura Muller et Thomas Queyrens. Décider d’assumer de mettre le corps au centre sur l’intégralité de la pièce souligne son importance en tant qu’instrument principal d’expression et invite à favoriser une communication plus directe ; explorant une parole authentique et immédiate, où chacun contribue à une identité collective. Cette approche propose à chacun d’explorer une physicalité plus poussée et mettre en avant les forces, les faiblesses, les particularités des corps.

Parlons du rappeur de la pièce, Benjamin Pepion, connu sous le nom de Stav. Comment cette collaboration a-t-elle commencé ?

C’est la première fois que je ressens la nécessité d’utiliser les mots dans une création et la voix fait partie intégrale de l’expression du corps. J’ai invité un cinquième artiste, pour créer et porter ce dialogue : STAV est rappeur, chanteur et auteur. Notre point commun est le concept d’auto-fiction, ciment de ses projets musicaux et de ma pièce. à l’adolescence, j’ai ressenti une forte énergie masculine en moi. Rencontrer la danse hip-hop à cette époque m’a permis d’assumer et libérer cette ardeur. Au même titre que le rap est sujet à censure et donne la parole à ceux qui se sentent délaissés, je donne la parole à cette partie de moi. Il était intéressant de faire appel à STAV également pour son apparence. Son attitude ne transpire pas la virilité, ni l’agressivité, ni un égo surdimensionné comme nous pouvons l’observer chez beaucoup de rappeurs, mais plutôt une fragilité masculine. J’aime comparer le masculin à un diamant brut et tout le récit repose sur cette image. Plus le diamant contient d’aspérités, de fêlures, moins il a de valeur aux yeux du monde. Je viens au contraire, révéler ces fissures, la puissance du fragile… assumer l’instinct brut présent en chacun de nous.

Fabrice Lo Piccolo