Thierry Loulé – Galerie Estades – Toulon – 29 Janvier au 12 Mars 2022

ARTS PLASTIQUE 

Galerie Estades – Toulon

Du 29 Janvier au 12 Mars 2022

Né en 1967 à Toulon, Thierry Loulé est un artiste expressionniste franco-portugais. Il dresse pour nous le portrait de sa dernière exposition à la Galerie Estades.

Comment avez-vous commencé la peinture ?

Mes parents sont arrivés très jeunes en France. Il y avait le régime Salazar au Portugal et la France était une terre d’accueil. J’ai commencé la peinture très tôt et plus tard, c’était mon refuge. On est parti de Toulon à Paris dans les années 80, j’avais treize ans. Je m’ennuyais assez vite, alors je loupais l’école pour faire des choses plus intéressantes : observer la condition humaine, aller dans les musées. Je prenais beaucoup le métro pour aller à mon école et je voyais des affiches de peintres comme Hervé Di Rosa, Robert Combas, Jean-Michel Basquiat. La peinture est venue à ma rencontre et on ne s’est pas quitté. Que ce soit dans les joies ou les pires moments, c’est une philosophie. Retirez une guitare à un guitariste et vous verrez !

Puis vous avez été à l’École d’art de Toulon ?

J’y ai beaucoup appris, ça m’a permis de comprendre que l’art ne s’arrêtait pas à Picasso. On se focalise trop sur les morts : Picasso à la campagne, Picasso à la plage.. c’est comme Martine ! L’art est vivant. Combien de fois j’ai eu envie de tout casser… D’ailleurs, je l’ai fait ! J’ai brûlé des toiles par orgueil. Je voulais commencer un “chef-d’œuvre”, alors que je devais juste travailler plus. La peinture permet de prendre de la distance sur les choses. Ça m’énerve quand je vois les matières créatives dénigrées à l’école, alors que c’est la base de l’humanité, de l’écriture… Il n’y a rien qui ne soit pensé sans être dessiné. Sauf la Nature !

Qu’est-ce qui vous a dirigé vers vos choix plastiques ?

Je suis quelqu’un de fougueux, je ne me mets pas dans un état de confort face à la toile. Un peu comme un boxeur ! La peinture à l’huile est une discipline sérieuse. Il y a une orchestration qui va faire que ça marche ou non, mais c’est primitif. Il y a des choses qui ne demandent aucune explication, c’est un moyen d’expression à part entière. Mes sujets sont principalement des portraits. Des têtes, j’en vois tous les jours. Si un visage me plait, je vais créer un personnage qui me permette de me mettre en communication avec lui. C’est un miroir, un moyen de communiquer directement avec moi.

Peut-on qualifier votre travail d’Art Brut?

On me qualifie souvent d’expressionniste… Sans se classer, il y a des familles dans lesquelles on se retrouve. Tout le monde peut peindre, la différence se situe dans le temps et la passion qu’on y met. C’est un engagement. Artaud disait : “Là où ça sent la merde, ça sent l’être.” On aime bien les artistes maudits, ça fait partie du truc héroïque. Que ce soit Van Gogh ou Soutine, ce sont des gens qui ont vécu leur propre vie en y croyant, même s’ils étaient mal aimés. Aujourd’hui, on fait la queue pour les voir. Les artistes n’ont pas un rôle extraordinaire ! Les politiques ont pris le relais et s’ils nous rendaient la vie belle, on le saurait. On devrait inculquer dès l’école que la normalité est multiple et colorée.

Comment l’occasion de cette exposition s’est produite ?

Étant représenté par la Galerie Estades depuis une quinzaine d’années, un lien fort s’est tissé. Pour le choix des œuvres, je n’interviens jamais. J’aime bien que les choses se fassent sans moi. Je fais confiance à la providence. Au vernissage, je présenterai une édition, un coffret de deux tomes qui, sans être une rétrospective, présente globalement mes œuvres. Ce bouquin donne une nouvelle dimension à ma peinture, une étape de plus !

Maureen Gontier

Février 2022