Victor Remère – La matière comme territoire.
Maison Remère dans le Parcours des Arts de Hyères.
Installé depuis près d’un an au cœur du Parcours des Arts à Hyères, le plasticien Victor Remère développe un atelier où création, transmission et poésie de la matière se rencontrent. Une plongée dans un univers où l’art et l’artisanat dialoguent sans hiérarchie.
Quel a été ton parcours avant de fonder Maison Remère ?
J’ai commencé par un bac arts appliqués, qui m’a naturellement conduit aux Beaux-Arts de Nancy. Après trois ans en option arts, j’ai effectué une année d’échange au Québec. Là-bas, j’ai commencé à travailler le volume et j’ai découvert la céramique. J’ai terminé mon cursus à Nancy, avant d’être sélectionné pour un post-diplôme à Shanghai auprès de Paul Devautour. Initialement attiré par la scénographie, je m’étais concentré sur la 2D pendant mes études, mais ces expériences m’ont fait revenir à l’espace, au volume, puis à la céramique. Celle-ci réunit tout ce que j’aime :
dessin, sculpture, peinture, bas-relief… Avec une seule matière, je peux toucher à tout. Elle m’offre cette liberté d’être à la fois artiste et artisan. Elle me permet aussi d’explorer la notion de territoire. J’ai effectué diverses résidences, en France et à l’étranger, dont une à Toulon. J’ai eu un vrai coup de cœur pour le Var, notamment sa nature magnifique, et ai décidé de m’y installer. J’ai ouvert un premier atelier au Telegraphe, à l’invitation de François Veillon. Pendant trois ans et demi, nous y avons développé une maison d’édition d’objets entre l’art et l’usuel. Puis, j’ai eu
envie de faire évoluer le projet.
Qu’est-ce qui t’a poussé à rejoindre le Parcours des Arts à Hyères ?
Trouver un local et lancer une activité en céramique demande un investissement important. Le Parcours des Arts offre des loyers modérés, des locaux adaptés, et une vraie structure pour démarrer sereinement. Mais surtout, il crée une dynamique collective : rassembler plusieurs artisans dans un centre-ville vivant permet au public de découvrir des savoir-faire variés et crée une synergie très stimulante.
Que peut-on trouver dans ta boutique aujourd’hui ?
Cette année, j’ai beaucoup travaillé sur des commandes extérieures, qui sont la priorité de l’atelier. J’ai donc produit de nombreuses pièces destinées à être installées ailleurs.
Sur place, on trouve du stock pour le café céramique, quelques pièces uniques, et des créations plus volumineuses visibles sur Instagram. Finalement, la boutique n’est qu’un élément du lieu : ici, la création prime.
Comment fonctionne le café céramique que tu proposes ?
Le concept existe depuis longtemps, notamment au Québec où je l’ai découvert en 2010, mais en France il est souvent standardisé. Ici, tout est fait maison. Chaque pièce en faïence blanche est modelée à l’atelier et cuite une première fois, puis le public peut la décorer en y appliquant de l’émail. Je propose trois forfaits — petite, moyenne ou grande pièce — qui comprennent le matériel, la
cuisson et une boisson. On peut s’installer en terrasse sous les micocouliers, jusqu’à quinze personnes, ou en intérieur, jusqu’à huit. Les pièces sont émaillées pour être alimentaires et fonctionnelles : on peut les utiliser chez soi, les offrir, les collectionner. Je propose aussi des cours : des initiations au tournage, une technique exigeante qui permet de comprendre comment monter une pièce ; et des ateliers de modelage, où l’on réalise des objets du quotidien grâce à différentes techniques. Les pièces sont décorées à l’engobe, puis je les cuis et les émaille avant qu’on puisse les récupérer.
À terme, j’aimerais proposer des cours plus avancés, mais cela dépendra de mes disponibilités.
Fabrice Lo Piccolo