Vincent Barré, Faire Corps

Du 08.12 au 23.02 – Galerie du Canon – Toulon

Vincent Barré est un artiste «qui fait corps» avec ses œuvres. Entre plein et vide, formes charnelles et formes fragmentées, Il insuffle de la vie, de la chaleur mais aussi de la fragilité à ses sculptures. Après sa première exposition en 2007 à l’Hôtel Départemental des Arts, Vincent Barré investira la Galerie du Canon à Toulon.

 

Votre matériau de prédilection est le métal : le bronze, l’acier, des métaux que nous percevons généralement bruts et froids… Quelles sensations vous évoquent-ils ?
Ils ne sont pas froids, ni hostiles, sinon vivants. Si l’on regarde de près les fontes, on découvre l’empreinte des collages, des bandes de scotch, des résidus du polystyrène… tous ces éléments sont des traces, des blessures, une histoire imprégnée dans une forme qui peu à peu devient corporelle.

Quand vous créez, êtes-vous à la recherche de ce que vous nommez « la chose palpitante du corps » ?
À travers les formes sévères et dépouillées, je cherche quelque chose qui n’est pas la figuration mais la sensation, la présence du corps. Il y a un parti pris monumental pour les fontes de fer, intime pour les sculptures en terres. La fabrication de ces œuvres est très physique. J’ai un véritable contact avec la matière, je porte, je soulève, je prends à bras le corps. Elles ne sont donc pas détachées du réel ni de mon propre corps. C’est ça « la chose palpitante du corps ».

Même éparpillées dans diverses villes, on a l’impression que chaque sculpture et chaque dessin sont les pièces d’un puzzle qui se construit au fil du temps. Diriez-vous que vous racontez une histoire ?
Ma sensibilité d’architecte et mon attention au lieu, à la communauté qui reçoit l’œuvre, a une vie, une histoire, à des choses cachées qui sont là inscrites et qu’il faut découvrir. Cela fait naître un imaginaire propre à chaque lieu ; pourtant les matériaux, les formes, les techniques restent les mêmes. C’est mon attitude, mon empathie envers la société dans laquelle je vis et mon désir de matériaux qui créent au fil du temps, une histoire.

Vous exposez à la Galerie du Canon. Quelles œuvres ont été choisies pour représenter votre travail ?
Pour faire le lien avec la question précédente, j’ai encore en tête l’exposition Mètis, (déesse des ruses de l’intelligence) que j’ai beaucoup aimée à l’Hôtel Départemental des Arts en 2007. Je suis très heureux d’être à nouveau invité dans la ville de Toulon. Dans cette exposition, je présente Les Grands Torses en forme Y, debout et couché, comme une réflexion sur la fragilité de notre position dans le monde. J’expose également Les monotypes, une série autour de la statue St Roch, un grand saint guérisseur, Les Trois Aiguilles et Les Petites Grès de Sèvres – Etuis et Manchons- qui protègent le corps.

Dans vos œuvres, il y a un équilibre entre le plein et le vide, est-ce un écho à la vie et par conséquent à la mort ?
Pour répondre à cette question, je vous renvoie au texte de Cyril Neyrat…
« (…) Faire œuvre, conduire sa vie, c’est alors opposer au chaos une quête de régularité et de proportions. Mais un autre recours s’offre à celui qui éprouve douloureusement la dispersion : une attention au détail, un souci d’arracher au chaos et au temps des fragments, pour les sauvegarder par une élaboration intime et différée. (…) Pour Vincent Barré, la pratique artistique comme métier de vivre est un effort volontaire de résistance à la mort au travail, en soi et dans le monde (…) » Extrait Habiter l’intime, réparer le monde. Les métiers de vivre de Vincent Barré et Pierre Creton.

Léa Muller

(Photographie : Eric Sanders)

 

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