Xavier de Maistre – Musique et mots en résonance.

Hors-Série La Vague Classique 2026

Le 17 juin 2026 à La Maison du Cygne

De retour à La Vague Classique, Xavier de Maistre retrouve le public varois pour un second passage très attendu. C’est à la Maison du Cygne qu’il présente « Les Nuits fantastiques », un projet singulier mêlant harpe et littérature.

Vous êtes originaire de Toulon. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre parcours, depuis vos débuts au conservatoire ?
J’ai sans doute dépassé mes rêves d’enfant. À mes débuts, on me disait qu’une carrière de soliste à la harpe était presque impossible. J’ai d’abord intégré de grands orchestres, notamment le Philharmonique de Vienne, ce qui représentait déjà un aboutissement. Aujourd’hui, me produire en soliste dans les grandes salles internationales reste une forme d’accomplissement inattendue. J’ai aussi le sentiment d’avoir contribué, à mon échelle, à faire évoluer la place de cet instrument, longtemps perçu comme secondaire.

La harpe s’est imposée à vous presque par hasard. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en repousser les limites ?
Au départ, tout repose sur une rencontre humaine avec mon professeur, qui a été déterminante. Puis vient la découverte de l’instrument. Très vite, j’ai été confronté à une réalité : le manque de répertoire. Cela m’a poussé à explorer d’autres voies, à travers des transcriptions, des créations et des collaborations inattendues. La harpe séduit naturellement, mais elle gagne à être replacée dans des contextes nouveaux.

Votre travail de transcription et de création de programmes originaux est devenu une signature. Quelle est votre démarche ?
Je ne cherche jamais à imiter l’instrument d’origine. L’enjeu est plutôt de révéler une autre couleur. Que ce soit avec Debussy, Liszt ou même des œuvres orchestrales, j’essaie de proposer une lecture différente, presque comme si ces pièces avaient été conçues pour la harpe. Cette liberté m’a conduit à imaginer des projets atypiques, qui élargissent le champ du répertoire.

Avec « Les Nuits fantastiques », vous proposez un dialogue entre musique et texte avec Lambert Wilson. Comment avez-vous construit ce projet ?
Nous avons cherché à dépasser la simple juxtaposition entre lecture et musique pour aller vers une véritable fusion des deux. Certaines œuvres d’Henriette Renié ont été composées à partir de textes, notamment ceux de Edgar Allan Poe, ce qui crée une continuité narrative, proche de la musique de film. Nous avons construit un dialogue où la voix et la harpe s’entrelacent, se répondent, parfois se prolongent l’une l’autre. Le travail s’est affiné au fil des représentations, sur près de deux ans. La sensibilité musicale de Lambert a été déterminante dans cette recherche d’un langage commun.

Ce type de forme hybride vous semble-t-il une voie d’avenir pour la musique classique ?
C’est une voie : il ne s’agit pas de remettre en cause les formes traditionnelles, mais d’ouvrir le champ des possibles. Cela permet de renouveler l’écoute, d’introduire d’autres temporalités, d’autres modes d’attention, et de toucher des publics plus variés. Dans un festival comme La Vague Classique, qui conjugue exigence artistique et accessibilité, ce type de projet trouve naturellement sa place. Le cadre en plein air de la Maison du Cygne, avec la lumière qui décline et l’arrivée progressive de la nuit, viendra d’ailleurs prolonger cette dimension onirique et immersive, en résonance directe avec l’univers du spectacle.

Julie Louis Delage