Abd Al Malik – Un miroir d’humanité.
Gibraltar ou les identités réconciliées, le 16 octobre au Théâtre de l’Esplanade à Draguignan.
Abd Al Malik et ses musiciens présentent un spectacle exceptionnel “Gibraltar ou les identités réconciliées“, célébrant les vingt ans de son emblématique album “Gibraltar“. Ils posent et reposent les questions essentielles abordées dans cet album, pour tenter de savoir où en sont nos réponses.
Rap, théâtre, écriture, quelques mots sur votre concept de réconciliation des arts ?
Pour moi l’art est un miroir d’humanité donc, parler de réconciliation des arts, c’est utiliser différentes disciplines pour nous rappeler que nous sommes une, que nous sommes un. L’idée est de mettre en mouvement nos émotions pour se remémorer que nous sommes tous ensemble et que nous devons avancer dans ce sens-là.
« Gibraltar » est le nom de l’album que vous reprenez sur scène, mais le lieu lui même semble symboliser une chose importante pour vous.
Il faut le prendre d’un point de vue symbolique, c’est encore et toujours cette idée d’unité. Gibraltar est un lieu-passerelle, un lieu-pont, c’est un endroit où deux civilisations, deux cultures se rencontrent et c’est donc encore le besoin de comprendre comment nous tous allons créer du lien, que l’autre c’est moi, Gibraltar est porteur de cette symbolique-là.
Pourquoi revenir sur cet album ?
C’est parce qu’il y a tout cela dedans, mais aussi pour se poser la question : où en sommes nous des problématiques soulevées à l’époque ? Se rappeler, c’est aussi dire que l’on doit toujours questionner notre humanité, se demander si l’on est du bon côté de l’histoire, si nous avons évolué positivement et si nous sommes nous-mêmes à la hauteur des rêves de l’enfant que nous avons été. Sommes-nous à la hauteur des principes de notre pays ? Il est important, dans la période si particulière que nous traversons, vingt ans après la sortie de cet album, de parler de tout ça, de ce questionnement-là.
Que se passe-t-il sur scène pendant le spectacle, qui est avec vous ?
Sur scène c’est très organique. Il y a tous mes musiciens, un bassiste, un guitariste, un pianiste, un batteur, un DJ avec des machines, un danseur, et tout ce travail autour de l’image. C’est un miroir d’humanité, pour toutes les personnes présentes sur scène, il est indispensable d’exprimer que – dans un monde où le virtuel est de plus en plus important – il faut revenir à une présence physique, à du concret, à l’idée d’instant, de cœur à cœur, d’être à être. Ce spectacle est là pour exprimer, sans dénigrer le virtuel, que l’essentiel se passe dans les yeux, dans un partage d’émotion concret.
Votre message de paix, de réconciliation personnel et universel vous semble-t-il entendu ?
Ce qui compte n’est pas de savoir s’il est entendu, mais de savoir s’il fait sens dans l’époque où nous vivons. Car avant de parler de réconciliation avec les autres, il faut passer par une réconciliation avec soi-même. On ne peut pas être en paix avec les autres si l’on n’est pas en paix avec soi-même. Donc, dans tous les cas, il est important que ce message existe. Ne serait-ce que dans cette idée d’alternative, qu’en puissance, la possibilité du changement est là. Et puis, je rencontre de nombreuses personnes qui me disent que cette parole-là, ces écrits-là ont changé leur vie : sur le terrain il se passe quelque chose. Ce qui est sur, c’est qu’il faut réfléchir en terme de qualité, pas nécessairement de quantité. Il suffit, d’une seule, d’un seul, pour que le changement ait véritablement lieu, donc oui, ce message rencontre un véritable impact dans le réel.
Weena Truscelli