Abou Lagraa – L’oiseau rebelle.
Exclusivité
“Carmen“ – Ballet de l’Opéra de Tunis, Chateauvallon, les 24 et 25 juillet à 22h00.
Le chorégraphe et danseur Abou Lagraa vient enchanter la scène de Chateauvallon avec des Carmen virevoltantes et farouches, qui dansent une liberté immortelle…
Quelques mots sur votre parcours ?
Je suis chorégraphe et danseur, et à cinquante cinq ans je danse encore ! Elève du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, j’ai d’abord travaillé en Allemagne et été l’assistant de Rui Horta, puis je suis rentré en France en 1997 où j’ai créer la compagnie la Baraka, qui depuis, a fait le tour du monde. J’ai trente pièces à mon répertoires et travaillé pour différentes structures dont le ballet de l’Opéra de Paris, le Memphis ballet, le ballet de Loraine, de Genève et bien d’autres. En 2018, avec la chorégraphe Nawal Aït Benalla, nous avons ouvert dans une chapelle désacralisée du 17 ème siècle, à Annonay en Ardèche, un lieu de résidence où nous accueillons des artistes chorégraphiques du monde entier et dans lequel les répétitions sont régulièrement ouvertes au public. En 2009, j’ai été nommé Meilleur Danseur International, ce qui a été pour moi une consécration, et en 2015, j’ai été promu Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. En ce moment, je travaille pour le ballet de l’Opéra de Tunis et, étant français d’origine algérienne, je suis très heureux de travailler avec des danseurs venant du Maghreb et de leur offrir la possibilité de se produire en France et en Europe.
Comment s’est passé la rencontre avec le ballet de Tunis ?
Je fais des allers et retours en Tunisie depuis une vingtaine d’années, parce que j’avais envie d’apporter mon expérience, et d’ouvrir des portes aux nouvelles et anciennes générations de danseurs en Tunisie. En 2018 le ballet de l’Opéra de Tunis a été créé, au sein de ce lieu sublime qu’est l’Opéra de Tunis et, en 2023, la directrice de ce ballet m’a proposé de créer le premier opéra avec des artistes 100% maghrébins (musiciens, danseurs, costumiers etc.), à Tunis, ce qui était une première. J’ai donc créé à Tunis, l’opéra “Carmen“, une oeuvre de presque quatre heures avec cent cinquante artistes sur le plateau ! Nous voulions faire tourner ce spectacle mais, avec tant de monde, c’était difficile, et nous avons donc décidé d’en faire une version dansée. Ce ballet d’une heure que vous pourrez voir à Chateauvallon est, depuis 2024, un succès formidable, et je suis très heureux que les danseurs puissent rencontrer tous ces publics. Je pense que ce qui fonctionne avec ce ballet, c’est que je n’ai pas voulu perdre l’identité des danseurs, étant moi même d’origine algérienne, il y a quelque chose de très orientale dans ma gestuelle, j’utilise beaucoup les avant-bras, les mains, le bassin, les pieds et ma danse est sensuelle, charnelle, en contact direct avec le public, ce n’est pas un ballet comme les autres. Ce sont tous des danseurs contemporains ou de hip hop, avec de fortes personnalités, des corps différents, et qui dansent à chaque fois comme si c’était la dernière fois !
Votre version de Carmen est un peu particulière, plusieurs danseurs, danseuses incarnent le personnage ?
Ils sont tous Carmen ! Ce qui me plaisait, ce que j’ai extrait de Carmen, c’est l’arrogance, la fougue, la liberté, je me suis dit que nous voulions tous être Carmen … Vivre son amour comme on en a envie, être libre comme elle a toujours été, et dire m… à tout le monde, parce qu’on est qui on est. Nous sommes tous Carmen, homme ou femme, car nous avons tous envie de cette liberté. J’ai malgré tout garder la dramaturgie de la pièce et un ordre musical, mais j’ai enlevé le toréador – car ce cliché de l’homme ne m’intéresse pas – par contre, ce qui m’a intéressé, c’est de ne pas accepté le féminicide. C’est drôle que dans cette histoire de Carmen, jouée, interprétée tant de fois, Carmen meurt à chaque fois, comme si c’était normal. Je sais que Mérimée a écrit cette fin, mais je pense qu’aujourd’hui on ne peut plus accepter cette histoire d’un homme qui tue par jalousie… Je ne dévoilerai pas la fin, il y a bien un couteau planté quelque part, mais je ne vous dirai pas où !
C’est votre première fois à Chateauvallon, est-ce important pour un chorégraphe ?
Ce n’est pas vraiment la première fois, car je suis souvent venu au Théâtre Liberté. Mais c’est très bien, c’est l’été et je suis content de retrouver le public en plein air avec “Carmen“ dans une ville méditerranéenne. Je souhaiterais ajouter que je suis triste que Charles Berling s’en aille, et je veux saluer le travail incroyable qu’il a accompli avec le public, et avec les artistes qu’il a très bien accompagné.
Weena Truscelli