Alexandra Cismondi – Faire vaciller les certitudes.

Hors-Série Cinéma en Liberté 2026

Invitée pour la première fois au festival Cinéma en Liberté, Alexandra Cismondi, actrice, autrice et metteuse en scène varoise, rejoint le jury Émergence et Animation. Entre courts métrages et cinéma d’auteur, elle défend une vision du cinéma comme espace d’expérimentation et de liberté. Pour elle, juger, c’est avant tout découvrir des formes, des écritures et des regards capables de bousculer ses certitudes et de la faire douter.

C’est la première fois que vous participez au festival Cinéma en Liberté. Quel regard portez-vous sur cette invitation à rejoindre le jury ?
C’est effectivement une première pour moi, même si je connaissais déjà le festival de nom. Je suis très heureuse d’y participer, d’autant plus que je suis originaire de la région. On m’a sollicitée notamment parce que j’ai récemment tourné dans plusieurs courts métrages, ce qui a créé ce lien avec la création émergente. Ce que j’aime dans cette position de jury, c’est avant tout la découverte d’univers. Il ne s’agit pas seulement de juger, mais d’être émerveillée, de rencontrer de nouvelles visions, de nouveaux regards, de nouvelles écritures. C’est une place privilégiée pour regarder le cinéma en train de se faire. Et c’est important pour moi, en tant que jurée de courts métrages d’animation et de nouveautés, de me faire douter. Être bousculée dans mes convictions, mes assises, et me dire : ah oui, on peut raconter ça aussi comme ça, être déstabilisée. J’attends beaucoup de cette nouvelle génération de cinéastes.

Que représente pour vous le courtmétrage dans le paysage cinématographique actuel ?
Le court métrage est avant tout un laboratoire. Un espace de liberté, mais aussi de contrainte : il faut raconter en peu de temps, trouver une forme juste, aller à l’essentiel. Cela oblige à une grande précision d’écriture, notamment dans la manière de conclure un récit. C’est aussi une véritable école du cinéma, pour les réalisateurs comme pour les techniciens. Aujourd’hui, c’est devenu une étape presque incontournable pour se faire connaître et exister dans l’industrie. Mais au-delà de ça, c’est surtout un espace d’expérimentation, où l’on peut tester des formes et des regards sans attendre un format long.

L’animation et les films émergents proposent souvent des formes très singulières. Qu’est-ce que cela change dans la manière de raconter le réel ?
Ce qui m’intéresse profondément, c’est la capacité à inventer un regard. L’animation permet de déplacer le réel, de le transformer, parfois de le rendre plus lisible en passant par l’imaginaire ou la métaphore. Je pense à des films comme « J’ai perdu mon corps », qui montrent à quel point l’animation peut être un outil puissant pour parler du monde autrement. C’est cette liberté-là que je cherche : des œuvres capables de proposer une vision, pas seulement un sujet. Chez les cinéastes émergents, ce qui me touche le plus, c’est cette énergie de renouvellement, cette volonté de ne pas reproduire des formes déjà vues.

Qu’espérez-vous personnellement retirer de cette expérience ?
J’ai surtout envie d’être surprise, bousculée. J’attends des œuvres qu’elles viennent déplacer mes certitudes, qu’elles me fassent douter. Ce doute est essentiel, il est même nécessaire pour continuer à créer. J’espère découvrir des films qui ouvrent des fenêtres, qui donnent le sentiment qu’il reste encore beaucoup de choses à inventer au cinéma. Et peut-être aussi des cinéastes avec lesquels j’aurai envie de travailler, parce que leur regard m’aura profondément touchée. Ce que je cherche avant tout, c’est cette capacité à bouleverser une position de spectatrice, à me faire sortir de moi-même.

Julie Louis Delage