CLINTON FEARON – Sans amour, on ne peut aller nulle part.
En concert à Couleurs Urbaines à La Seyne le 6 juin 2026
Figure majeure du reggae roots, bassiste et chanteur, depuis plus de cinquante ans, Clinton Fearon s’est fait connaître avec les Gladiators, avec qui il a notamment écrit « Chatty chatty mouth ». Il nous présente son nouvel album ; entre regard inquiet sur le monde, foi dans la musique et attachement profond au reggae roots, le musicien jamaïcain évoque ses inspirations, son rapport à l’écriture et l’énergie qu’il continue de transmettre sur scène.
C’est déjà votre troisième album depuis « History Say », pour lequel on s’était parlé il y a quelques années. Comment gardez-vous cette énergie créative ?
Parce que j’aime profondément ce que je fais. J’aime la musique. Et puis quand on regarde le monde aujourd’hui, on voit bien que beaucoup de choses ne vont pas. Nous avançons comme des somnambules, comme je dis dans le morceau « Sleepwalking » Tant que les problèmes ne touchent pas directement notre maison, on pense être en sécurité, mais ce n’est pas vrai. Quand les prix augmentent, quand les gens ont du mal à vivre, cela concerne tout le monde. Mais nous avons aussi tous le pouvoir d’agir. La musique possède cette force-là. Encore faut-il que tous ceux qui travaillent dans la musique partagent cette vision. L’industrie musicale devrait parfois ouvrir davantage les yeux. Mais cela reste un rêve auquel je crois encore.
Quels thèmes traversent votre dernier album « Jah is love » ?
L’amour est central. Toutes ces chansons parlent de l’endroit où nous sommes et de celui vers lequel nous allons. Et sans amour, on ne peut aller nulle part. Il faut faire les choses avec amour, garder une forme d’équilibre intérieur. Je pense malgré tout que les choses peuvent s’améliorer. Il y a aussi l’éducation. Un pays qui manque d’éducation ne peut pas avancer. C’est essentiel. Avec « History Say », j’avais choisi une approche un peu plus moderne, mais là je suis revenu au roots reggae. C’est là que je me sens le mieux.
Comment naissent vos chansons ?
C’est un processus très libre. Parfois tout commence avec une ligne de basse, parfois avec une idée ou une mélodie. Il m’arrive de chanter des sons sans paroles, de chercher une direction musicale avant de trouver le sujet. Et parfois c’est l’inverse : le thème arrive en premier et je cherche ensuite le riddim qui correspond aux paroles.
Comment imaginez-vous ce concert à Couleurs Urbaines ?
Le plus important, c’est de ressentir l’amour et le partage. Nous sortons de deux tournées qui se sont très bien passées, les salles étaient pleines et l’énergie très positive. Nous espérons transmettre cela au public et que les gens se sentent bien avec nous. Sur scène, je suis accompagné du groupe Riddim Source. Ce sont de grands musiciens. Malheureusement, nous avons perdu récemment notre claviériste. C’est arrivé soudainement et il nous manque encore énormément. Mais le groupe reste très soudé et très investi dans cette musique.
Vous connaissez très bien la France, notamment grâce à votre label français, Baco Music. Est-ce un pays important pour le reggae ?
Oui, surtout pour le reggae roots. La France soutient cette musique depuis très longtemps. Dans beaucoup d’autres pays, en Allemagne ou en Angleterre, le dancehall ou le reggae électronique ont pris davantage de place. En France, il existe encore un véritable attachement au roots reggae. Cela dépend aussi des personnes qui dirigent l’industrie musicale. Souvent, elles regardent davantage le business que l’aspect artistique.
Fabrice Lo Piccolo