Davide Ambrogio – « Mater Nullius » : une traversée entre sacré et contemporain.
Metek Festival au Telegraphe à Toulon le 5 juin 2026
À l’occasion du Metek Festival, au Telegraphe à Toulon, Davide Ambrogio présente « Mater Nullius », un projet à la croisée des traditions et de la création contemporaine. Nourri par les rituels du sud de l’Italie et les chants de la Semaine sainte, l’artiste propose une relecture immersive où la voix, le corps et la matière sonore deviennent expérience sensorielle intense.
Vous venez présenter « Mater Nullius » au Metek Festival, au Telegraphe à Toulon. Comment est né cet album ?
J’ai commencé à travailler sur ceprojet il y a environ trois ans. L’idée de départ était celle d’un rituel de passage, symbolique, pour interroger notre lien à la terre et à la nature. Je me suis appuyé sur la dramaturgie de la tradition chrétienne, notamment le chemin de croix, très présent en Europe, avec cette idée de transformation, de mort et de renaissance. Ensuite, j’ai étudié les rituels du sud de l’Italie, liés à la Semaine sainte, mais aussi le syncrétisme entre traditions chrétiennes et rites païens méditerranéens, afin de construire une matière sonore contemporaine capable de traduire cette transformation.
Comment avez-vous intégré votre dimension personnelle dans ce matériau traditionnel ?
Je ne suis pas dans une démarche de reconstitution fidèle. J’ai adapté ces références pour construire une narration intime. L’album suit les quatorze étapes du chemin de croix, chacune associée à un thème actuel : le pouvoir, la communauté, la douleur, l’argent. Ce sont des métaphores qui permettent de raconter un parcours intérieur, mais aussi collectif. J’ai aussi pris en compte le contexte politique, social et écologique contemporain, afin que cette musique puisse dialoguer avec notre époque et ses tensions.
Votre travail semble plus lié au sacré qu’à la religion. Comment le définiriez-vous ?
Je ne me sens pas lié à la religion, mais au sacré. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui traverse les cultures et les époques. J’ai étudié différentes traditions pour comprendre leurs points communs, notamment autour de la mort et de la transformation. Dans Mater Nullius, il y a aussi une dimension critique : certains aspects, comme le corps ou la danse, ont été abandonnés dans la liturgie chrétienne. J’ai voulu les réintroduire. La figure de la mère est centrale, comme symbole de la terre, des racines et de l’origine.
Vous allez jouer en France. Quel lien entretenez-vous avec ce public ?
Je viens régulièrement en France pour des concerts et des ateliers de chant. Je ne connais pas encore Toulon, mais j’ai développé un lien fort avec le public français. Il est curieux, attentif et ouvert à des formes artistiques exigeantes. C’est un contexte qui permet de proposer une expérience immersive et sensible comme celle de MaterNullius.
Qu’aimeriez-vous que le public ressente lors de votre concert ?
Ce n’est pas une musique légère. Avec cet album, j’ai voulu provoquer, au sens de susciter une réaction et une réflexion. J’aimerais que le public vive une expérience, qu’il ressente la puissance de la voix, du son et du corps. Peu importe la compréhension des mots : ce qui compte, c’est l’émotion, et peut-être une forme de transformation intérieure, intime et personnelle.
Grégory Rapuc