Franck Micheletti – Cinq jours pour faire danser les idées.
Constellations du 16 au 20 septembre à Toulon et à Hyères
Cette seizième édition de Constellations s’inscrit dans le programme des trente ans de la compagnie Kubilai Khan Investigations. Son directeur artistique, Frank Micheletti, imagine un festival à l’image de la compagnie : ouvert, indiscipliné et attentif aux territoires. Danse, musique, arts visuels et réflexions se croiseront pendant cinq jours, dans les salles mais aussi dans des lieux plus inattendus.
Frank, le Festival Constellations s’inscrit cette année dans les trente ans de Kubilai Khan Investigations. Il a une saveur particulière ?
Pour célébrer cet anniversaire, nous avons imaginé trente créations sur la métropole toulonnaise. Cela correspond pleinement à l’ADN de Kubilai Khan : danse contemporaine, créations pour les théâtres, projets in situ, balades dansées sur les sentiers du littoral, dancefloors… Nous cherchons toujours à déployer la danse dans des lieux différents. Cette édition de Constellations se déroule sur cinq jours dans plus de dix lieux, et fait davantage de place à notre compagnie. Nous étions jusque-là assez discrets, mais cette année nous souhaitions célébrer pleinement ces trente ans. Des créations in situ : « What I was doing when I was doing what I was doing », pour le lavoir à Hyères, et « T’as pensé au parasol ? », pièce de plage dans une crique à la Mitre, des pièces avec des musiciens en live, Benoît Bottex et Vincent Hours. Créer au plus près des lieux qui nous entourent et révéler le génie de ces espaces.
Le sens de la danse, le sens des idées et le sens de la fête, ce sont les trois axes du festival ?
Oui. La danse est évidemment centrale, c’est le fil rouge. La musique l’accompagne en sublimant ce désir de danser ensemble. Le sens des idées consiste à réfléchir aux problématiques de société : dérèglement climatique, biodiversité, dégradation des littoraux ou encore habitabilité de nos territoires. Depuis trois ans, « Bancs de sable » réunit chercheurs, scientifiques, associations et artistes autour de notre identité côtière. Cette année, nous ouvrirons également le festival avec une table ronde sur les modèles de collaborations dans les musiques électroniques. Comment faire face à l’érosion des financements ? Je ne crois pas au modèle des grands festivals, très budgétivores et qui ne laissent pas suffisamment de place aux scènes locales. Établissons des passerelles, des circulations et des collaborations avec des modèles plus vertueux pour nos territoires. Constellations invite à regarder la danse l’après-midi et à la vivre le soir. Sur le dancefloor, vivre une expérience collective vibrante : un cercle social en mouvement qui transmet ses énergies émancipatrices, joyeuses et libératrices. C’est un outil de cohésion sociale, dans une société où l’individualisme règne et écorne le sens du commun.
Qu’est-ce qui fait un bon artiste Constellations ?
Une forte singularité et un propos précis, qui entrent en résonance avec les questions que porte le festival. Il y a aussi une forme de fidélité à certains artistes. Pierre Pontvianne sera avec nous cette fois avec un quintette, « L-matière », pour l’extérieur, place de l’Oratoire à Hyères. C’est le retour de Mercedes Dassy qui nous avait subjugués avec ses solos débridés et farouchement libres : elle mettra un coup de manivelle avant la folle soirée du samedi. La compagnie La Vouivre présentera « Vivarium » au Liberté, un solo de Bérengère Fournier, une pièce d’une beauté époustouflante. Le duo suisse Delgado Fuchs sera au Théâtre Liberté avec « Run Baby Run », interrogeant avec humour les notions de transmission, d’héritage et de hiérarchie entre père, mère et fille. Le Brésilien Bruno Freire, un de mes coups de cœur, propose « La vie n’est pas utile (ou c’est comme ça) », conférence dansée présentée samedi et dimanche. Il s’est inspiré des textes du philosophe et activiste autochtone brésilien Ailton Krenak. Il y est question de notre rapport à la nature, des savoirs ancestraux et de notre capacité à rester émerveillés. Autre temps fort, « Mirlitons », qui réunit le beatboxeur et musicien Aymeric Hainaux et François Chaignaud, chorégraphe/danseur et chanteur. Leur rencontre entre danse contemporaine, musique sacrée, répertoire médiéval et baroque, danses urbaines et beatboxing promet une expérience
(d)étonnante. Le samedi soir, nous basculerons dans la nuit avec Papatef, le projet de Cyril Atef, spécialiste des rythmes afro-caribéens et latins. Il réinterprète ces musiques en les accélérant jusqu’à la jungle et la drum’n’bass. On est entre concert, DJ set et transe. Je prendrai ensuite le relais en tant que Yaguara. Le Transat Sonore clôturera le festival. Une grande partie des musiciens et des complices de cette édition se retrouveront pour un concert final qui s’annonce polyphonique, unique et exceptionnel.
Fabrice Lo Piccolo