French Fuse – Détournement des genres : une alchimie sonore.
Électro Bach, le 19 mai au Théâtre de l’Esplanade à Draguignan dans le cadre du Festival Playbach
Pianiste formé au conservatoire et dompteur de sons numériques, French Fuse, alias Jerry Manoukian, refuse de choisir entre héritage et modernité. Il nous livre sa vision d’une musique sans frontières, où les bruits du quotidien s’animent pour redonner une vie nouvelle aux partitions de Bach. Concert dans le cadre du Festival Playbach organisé par Théâtres en Dracénie et la municipalité de Draguignan.
Ton spectacle à Draguignan s’inscrit dans le cadre du festival « Playbach ».
Comment est né ce désir de confronter l’œuvre de Bach aux sonorités électroniques ?
C’est un véritable retour aux sources. Quand j’ai commencé le piano, je me suis plongé dans le classique et le jazz en parallèle. Le premier morceau que j’ai appris était le « Prélude en do majeur » de Bach, et ce répertoire ne m’a jamais quitté. Plus récemment, j’ai publié une vidéo, « Bach to the escalator », où j’improvisais sur le « Petit Prélude n°2 en ut mineur » à partir du rythme d’un escalator. Le succès de cette vidéo a été un déclencheur. On m’a en suite proposé ce festival, et j’ai trouvé l’idée évidente : revisiter ce patrimoine avec des outils numériques, tout en gardant le piano comme fil conducteur, sans trahir l’œuvre originale.
En tant que French Fuse, tu t’es fait connaître en transformant des sons du quotidien en compositions. Quelle est ta philosophie derrière cette démarche de « sampling » ?
La musique nous entoure en permanence. En ville comme ailleurs, chaque son peut devenir une matière créative. Transformer ces bruits du quotidien en musique est à la fois ludique et naturel pour moi. Au départ, c’était aussi un moyen de créer des contenus qui accrochent sur Internet. Mais c’est devenu un vrai langage artistique : partir d’un son banal, parfois un simple bip, et le transformer jusqu’à en faire une pièce cohérente. Cela montre que la musique reste profondément liée au réel et peut s’en nourrir pour devenir plus vivante et accessible.
Dans tes créations, comme la vidéo « Three Little Birds », on sent une recherche de l’émotion pure. Est-ce là le cœur de ton esthétique ?
Oui, totalement. J’aime travailler avec des voix d’enfants, car elles portent une innocence qu’on perd ensuite. Aujourd’hui, beaucoup de productions sont très lisses, presque trop parfaites. Je pense que l’émotion vient justement de l’imperfection : une hésitation, un timbre fragile. C’est ce qui me permet de créer un lien direct avec l’auditeur, entre rigueur numérique et humanité. On peut rire et être ému en même temps, et c’est exactement cet espace que je cherche.
Entre le respect de la partition et la liberté du numérique, où places-tu la limite ?
Je ne me mets pas de limites. Ma formation classique m’a donné des bases solides, mais la musique doit rester libre. Réinterpréter une œuvre, ce n’est pas la trahir, c’est lui donner une nouvelle vie. Si tout était figé, la création serait vite enfermée. C’est en cassant les codes qu’on rend ces œuvres accessibles autrement. On peut respecter Bach tout en le faisant danser : c’est aussi une forme d’hommage.
Pour ce rendez-vous tu comptes proposer une facette plus « pianistique » au public ?
J’ai surtout envie de proposer un moment plus intime et plus centré sur le piano. Le spectacle prend la forme d’un voyage en plusieurs tableaux, entre Bach revisité, créations et touches plus électroniques. Ce que j’attends surtout, c’est la curiosité du public. Peu importe l’âge ou le niveau de connaissance musicale : l’idée est que chacun puisse entrer dans cet univers sans barrière, simplement en se laissant porter.
Julie Louis Delage