Jean-Marc Bésenval – Le spectacle n’est jamais complètement terminé.
En attendant la vague au parc de la Navale les 25 et 26 septembre
Pour interroger le monde qui succèdera au dérèglement climatique, la Cie Espèce d’espaces a imaginé un spectacle de « cinéma vivant ». Jean-Marc Besenval, co-directeur de la compagnie nous présente « En attendant la Vague », une création participative dans laquelle le public devient acteur d’un tournage aussi poétique que mouvementé.
Comment est né ce spectacle ?
Le projet est né d’un travail sur la montée des eaux mené en Bretagne et en Vendée. Nous avons imaginé un film d’anticipation, sans reprendre les codes d’une dystopie catastrophiste. Dans ce futur, les eaux recouvrent les terres et obligent les populations à fuir. Pippo Taleggio, le réalisateur que j’incarne, raconte l’histoire de Théa, une enfant séparée de sa grand-mère. Celle-ci lui confie un téléphone contenant leurs souvenirs, mais Théa l’oublie dans la panique du départ. Vingt ans plus tard, elle rejoint un ministère de la Mémoire, dont les archéologues sous-marins recherchent les téléphones engloutis pour reconstituer une mémoire collective.
Comment cette histoire devient-elle un spectacle participatif ?
Il y a le film et l’histoire de sa fabrication. Pippo l’écrit depuis des années sans parvenir à le produire. Lorsqu’une société s’y intéresse, il prétend avoir déjà tourné des images. Pour obtenir son financement, il doit réaliser une bande-annonce en un peu plus d’une heure. Il choisit une trentaine de personnes dans le public puis se lance dans le tournage avec Ruben aux effets spéciaux, Luigi à la caméra, Lila à la production et Nico au montage en direct. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu.
Quelle place ces spectateurs laissent-ils à l’improvisation ?
Nous découvrons le casting au début du spectacle, avec les accidents et les surprises que cela provoque. Nous pouvons tourner le même film chaque soir, mais le résultat change avec les participants. La représentation semble bricolée, alors qu’elle est précisément réglée : plus on laisse de place à l’improvisation, plus la partition doit être maîtrisée. Il faut aussi accompagner des personnes soudain placées devant plusieurs centaines de spectateurs. Le tournage n’est pas un prétexte : nous voulons produire avec le public une véritable bande-annonce et parvenir ensemble à un résultat étonnant.
Est-ce ce que vous appelez le « cinéma-vivant »?
Oui, et ce n’est pas en opposition à un cinéma qui serait « mort » ! C’est un hommage au spectacle vivant et à cette immédiateté née de l’improvisation. Le spectacle prend des risques, évolue et n’est jamais complètement terminé. Derrière l’humour, il aborde pourtant l’exode, les migrations et les catastrophes naturelles. Dans le Finistère, nous avons rencontré des habitants confrontés à la disparition annoncée de certaines terres. Le sujet est déjà suffisamment anxiogène. Nous avons préféré une fiction loufoque et la relation universelle entre une enfant et sa grand-mère, sans imposer de discours. Nos tableaux vivants filmés en travelling racontent des histoires sans texte et laissent chacun construire son imaginaire.
La représentation au parc de la Navale aura-t-elle une résonance particulière ?
Le spectacle de rue joue avec son décor naturel. Sur le port de l’île de Groix, cet environnement créait immédiatement quelque chose. À La Seyne, les images seront projetées sur la Porte des Chantiers : c’est symboliquement très fort. Nous adaptons toujours le tournage au lieu que nous habitons le temps d’une soirée. Nous allons certainement imaginer une anecdote autour du parc de la Navale et de son histoire.
Grégory Rapuc