Marcel et son orchestre – On a jamais eu de plan de carrière.
Au festival de Néoules le 18 juillet
Après trente-cinq ans d’existence, une séparation puis un retour remarqué, Marcel et son Orchestre continue de promener son joyeux désordre sur les scènes françaises. À l’occasion de leur passage au Festival de Néoules, Franck Vandecasteele, le créateur et chanteur, revient sur l’aventure du groupe, entre contre-pied, humour et énergie collective.
Marcel et son Orchestre fête ses trente-cinq ans. Après une séparation puis un retour, le groupe garde-t-il la même énergie ?
Il faut déjà dire une chose : Marcel n’a jamais eu de plan de carrière. On a toujours vécu cette aventure comme elle venait, sans se fixer d’objectif. Je crois que c’est ce qui explique notre longévité. Les groupes qui se disent qu’il faut absolument réussir ceci ou cela finissent souvent frustrés. Nous, tout ce qu’on a vécu, on l’a pris comme du bonheur et du bonus. Quand tu choisis de t’appeler Marcel et son Orchestre, tu te mets déjà un peu une balle dans le pied ! Ce n’est pas le nom le plus vendeur du monde. Mais justement, on aimait le contre-pied. Au départ, on voulait presque faire du théâtre de rue. On organisait des choses absurdes, comme une manifestation pour la suppression des moquettes murales. Il y avait un vrai goût du non-sens. Puis on s’est aussi moqué des clichés musicaux. Les groupes qui reproduisaient mécaniquement les codes du reggae, du punk ou du rock nous faisaient sourire. On s’est dit : faisons exactement l’inverse de ce qu’on nous apprend. Quand on voit parfois la tête de la réussite, ça donne envie d’échouer… Bon, malheureusement, on n’a pas réussi à échouer !
On a parfois l’impression que vous êtes les derniers représentants d’une certaine scène alternative festive…
C’est vrai qu’il reste moins de groupes aujourd’hui, mais il y a encore de belles choses. Il y a Debout sur le Zinc, Picon Mon Amour, Poésie Zéro. À une époque, on a eu le sentiment que le marketing avait pris le dessus, notre idée à nous, c’était surtout de se marrer et de défendre des concerts accessibles. Aujourd’hui, certains prix deviennent délirants. Parfois, je me demande à qui s’adressent certains spectacles.
Vos concerts gardent pourtant cette réputation de grands moments de fête. Comment définir un spectacle de Marcel aujourd’hui ?
On vient de sortir un nouvel album, treize ans après notre arrêt de 2012. Franchement, c’est presque un miracle. On ne savait même pas si on se retrouverait un jour. Puis il y a eu un alignement des planètes : un concert improvisé pour le départ d’un copain, des retrouvailles, et surtout un public qui était toujours là.
Quand on a remis un concert en vente à Lille en 2017, les places sont parties à une vitesse folle. Ça nous a surpris nous-mêmes. Aujourd’hui encore, sur scène, il y a toujours cette envie de renverser la table. Marcel, c’est une musique à bouger, presque convulsive. On aime l’énergie punk, mais aussi le ska, le rocksteady, le rhythm and blues. J’ai grandi avec Little Richard et Wilson Pickett. Et surtout, on aime l’idée d’un carnaval itinérant : un moment où tout devient possible, où on peut rire de l’autorité, renverser les rôles, lâcher prise.
Derrière l’humour et l’autodérision, il y a aussi un message ?
Je crois qu’il n’y a pas de chanson innocente. Mais je n’ai jamais aimé les discours trop péremptoires. L’humour permet justement d’éviter le côté donneur de leçons. Chez Marcel, on préfère le pas de côté, le second degré, le doute. Les certitudes absolues, je m’en méfie beaucoup. À part quelques évidences : être antifasciste, par exemple, ça me paraît juste normal. Mais sinon, j’aime mieux poser des questions que distribuer des vérités.
On pense parfois au Bonheur des Dames en vous écoutant…
Bien sûr ! Il y a une filiation assumée. D’ailleurs, si le groupe s’appelle Marcel, c’est aussi un clin d’œil au Bonheur des Dames. À une époque où beaucoup faisaient de la musique très sérieuse, eux osaient le twist, le décalage, l’humour. Je trouve ça formidable.
Gregory Rapuc