Arts plastiques

Date :

P. Richtarch-Castellani S. Menuet – Le corps en mouvement.

Exposition Masque de soi jusqu’au 16 décembre à la Galerie G à la Garde

Avec « Masque de soi », Pascaline Richtarch-Castellani et Sophie Menuet confrontent leurs univers. L’une vient de la danse et travaille aujourd’hui l’image et la vidéo ; l’autre explore le corps à travers le dessin, le textile et la sculpture. Une rencontre artistique autour de l’identité, de la mémoire et du mouvement.

Pascaline, votre parcours vient de la danse. Comment êtes-vous arrivée aux arts plastiques ?
Je suis chorégraphe et j’ai travaillé dans de nombreux lieux dans le Var, notamment à Châteauvallon et au musée d’art de Toulon avec Marie-Claude Beaud. C’est là que je suis entrée dans les arts plastiques. Aujourd’hui, je me définis comme vidéaste-chorégraphe. D’ailleurs je danse en filmant. Mon propos reste le corps, mais aussi son rapport à l’image et à l’espace. Ce qui m’intéresse n’est pas seulement ce que fait le corps, mais ce qu’il est. Lorsque je filme un modèle, c’est toujours une rencontre. Je commence souvent par la marche : chacun possède une manière de marcher qui lui est propre. Je laisse l’autre libre, sans thème ni intention préalable. Le silence est également important : je filme d’abord sans musique avant de créer ensuite la bande sonore. L’enfance, le miroir, l’eau, l’identité sont des notions qui parcourent mon travail.

Sophie, vous travaillez vous aussi principalement autour du corps…
Je m’intéresse au cycle de la vie, à sa transformation, aux blessures. Le dessin a été la première étape de mon travail, puis, dans les années 2000, j’ai commencé à impliquer le corps à travers le le textile. J’ai une histoire familiale liée à la couture, j’ai appris à fabriquer des vêtements. J’ai progressivement intégré le textile à mes sculptures et à mes performances. Le tissu porte une mémoire et peut être une carapace. Le mot « couture » implique d’ailleurs l’idée de cicatriser. Cette dimension est ambivalente : le textile possède une douceur, mais peut aussi évoquer quelque chose de sombre et douloureux. J’aime me confronter à différents matériaux. La dentelle est très présente dans mon travail, en sculpture comme en dessin. Je collectionne également des objets que j’intègre parfois à mes œuvres, car ils portent une mémoire.

Qu’est-ce qui vous relie dans cette exposition ?
Pascaline : Nous nous sommes rencontrées à travers « Choréplastie », un projet que j’ai réalisé avec sept artistes peintres et plasticiens autour de la présence du corps dans les œuvres.
Sophie : Ce qui nous relie, c’est le mouvement. Pascaline m’a montré une vidéo où le modèle portait un masque de lapin blanc avec de grandes oreilles. J’avais déjà travaillé autour de l’animalité et du lapin d’Alice et ça m’a intéressée. J’ai commencé à dessiner en regardant Pascaline filmer son modèle.
Pascaline : J’ai travaillé avec mon interprète Morgane Niemhauser autour du masque et du miroir. Une phrase d’Oscar Wilde m’accompagnait : « donnez un masque à un homme et il dira toute la vérité ». J’ai ensuite introduit mes modèles masqués dans des cadres pour leur imposer une contrainte.

Comment avez-vous construit l’exposition à la Galerie G ?
Pascaline: J’ai rencontré Magali Moussu, la directrice, il y a trois ans. Après plusieurs échanges autour de mon travail, nous avons eu ce projet d’exposition. Il fallait mettre en correspondance les vidéos, les photographies et les sculptures et réfléchir à la manière de scénariser l’espace. Je ne voulais pas d’écrans accrochés aux murs. Nous avons imaginé une sorte de terrier, avec des vidéos mises en scène.
Sophie : La question était aussi de permettre au visiteur de découvrir progressivement les différents matériaux. L’exposition est là pour proposer un chemin, pas pour donner une seule lecture.

Fabrice Lo Piccolo