Arts plastiques

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Sophie Le Norcy – L’encre laisse toujours une part de surprise.

Exposition La lumière de l’encre, jusqu’au 13 décembre à la Maison du Patrimoine à Six-Fours

Avec « La lumière de l’encre », Sophie Le Norcy présente une cinquantaine d’œuvres réalisées au cours de plus de vingt ans de pratique. Entre tradition asiatique, nature, paysages marins et abstraction, elle explore les possibilités de l’encre de Chine sur papier de riz, une technique exigeante qui laisse une grande place à l’imprévu.

Quels sont les secrets de l’encre de Chine sur papier de riz ?
Ils remontent à la Chine et au Japon. Ce papier est en réalité fabriqué à partir de l’écorce du mûrier. J’ai visité en Chine des ateliers où les feuilles sont encore fabriquées principalement à la main. C’est un matériau fragile mais vivant, qui réagit différemment selon sa fabrication : certains papiers absorbent beaucoup l’encre, d’autres la retiennent. On dispose ainsi d’une grande variété de supports et on a constamment des surprises. L’encre de Chine est elle aussi fascinante : il existe une soixantaine de nuances de noir et certaines peuvent contenir des couleurs qui apparaissent seulement lorsqu’elles pénètrent dans le papier. C’est une pratique très rigoureuse. Les Chinois parlent de « souffle » : il faut une grande concentration de la main et des doigts qui tiennent le pinceau.

Comment êtes-vous venue à la peinture ?
J’ai pris ma retraite à soixante-et-un ans et je me suis mise à peindre. J’avais découvert un article sur une école du quartier latin à Paris et j’y ai suivi quatre années de calligraphie, notamment de calligraphie sigillaire, utilisée pour les sceaux des grands maîtres chinois et japonais. Au bout de quatre ans, ma professeure m’a conseillé de passer à la peinture. Je ne savais pas dessiner, mais j’avais le geste. J’ai ensuite travaillé avec plusieurs maîtres, notamment Robert Faure, qui a beaucoup enseigné à Toulon et m’a transmis la rigueur. Aujourd’hui, je travaille avec une professeure dans la Drôme, formée auprès d’un grand maître coréen.

Votre travail est aussi nourri par l’art contemporain et vos voyages.
Je suis passionnée par la peinture contemporaine. Henri Michaux m’a notamment fascinée par ses formes noires sur papier blanc. J’aime également Zao Wou-Ki, pour sa manière de faire dialoguer abstraction et tradition orientale, ainsi que Cézanne.
J’ai beaucoup voyagé dans ma vie professionnelle. Ces voyages m’ont appris à regarder et à écouter, à découvrir d’autres cultures. La lumière et la perception des couleurs changent énormément d’un pays à l’autre. La perception du noir elle-même est différente au Japon et en France. Au fil des cours, j’ai appris à regarder les formes, les couleurs et leur intégration dans un paysage. J’ai par exemple réalisé des empreintes d’écorces de très vieux platanes du jardin du Luxembourg. C’est abstrait, mais derrière ces formes se trouve le souvenir d’un voyage. Aujourd’hui, je cherche surtout à faire vivre ce qui apparaît dans le papier. Mon travail se raproche des plantes, des paysages et de la mer, avec une abstraction de plus en plus présente. Je suis notamment fascinée par les méduses et par les animaux des grandes profondeurs capables de produire leur propre lumière dans l’obscurité.

Que présentez-vous à la Maison du Patrimoine ?
L’exposition rassemble une cinquantaine d’œuvres et retrace plus de vingt ans de peinture. On y retrouve des pièces récentes, mais aussi des œuvres plus anciennes qui montrent les différentes étapes de mon parcours : la mer, les reflets dans l’eau, la nature, mais aussi quelques villages chinois dans la brume. Pour la première fois, je présente également des grands formats. Une feuille de papier coréen de 1m58 sur 80 cms représente notamment une tempête en Méditerranée. Elle est très abstraite, tout en restant figurative à travers les vagues. Elle est montée sur baguettes et peut être roulée comme un ancien rouleau.

Fabrice Lo Piccolo