Philippe Martel – Troisième mouvement pour Jazz ô Vieux Cannet.
Hors série festivals 2026
Du 16 au 19 juillet 2026 au Cannet des Maures
Entre grands noms du jazz, gospel du dimanche matin et atmosphère
suspendue sur la place du Vieux Cannet, Jazz ô Vieux Cannet poursuit son chemin. À l’approche de la troisième édition, Philippe Martel
raconte la naissance d’un festival où la proximité avec les artistes
compte autant que la musique.
Jazz ô Vieux Cannet s’apprête à vivre sa troisième édition. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?
Quand nous avons lancé ce festival avec Jean-Luc Longour, le maire du Cannet-des-Maures, nous avions une idée simple : créer un rendez-vous chaleureux, à taille humaine, dans un lieu exceptionnel. Je connaissais déjà le Vieux Cannet, notamment parce que mes beaux-parents y vivaient, et j’ai toujours trouvé cet endroit magnifique. On ne voulait pas faire un énorme festival dès le départ, mais quelque chose qui puisse grandir naturellement. Aujourd’hui, cette troisième édition montre qu’il y a une vraie dynamique. Le public suit, les artistes aiment venir, et une identité se construit peu à peu.
Comment construit-on la programmation d’un festival comme celui-ci ?
Je fonctionne beaucoup au réseau et à l’humain. Je suis musicien avant tout, donc je programme souvent des artistes avec qui j’ai joué ou que je connais personnellement. Dans le jazz, la confiance compte énormément. J’organise aussi d’autres festivals, notamment à Annecy et à Seillac, ce qui me permet d’avoir une vision assez large de la scène actuelle. Ensuite, il faut composer avec les réalités : les budgets, les disponibilités, les tournées. Quand un musicien vient des États-Unis, par exemple, il faut penser intelligemment les déplacements. Mais ce qui m’importe surtout, c’est la cohérence artistique et l’émotion que peut provoquer une programmation. Cette année encore, la programmation mêle artistes reconnus et belles découvertes.
Qu’aviez-vous envie de raconter ?
Il y a plusieurs couleurs cette année. Harry Allen, par exemple, est l’un des grands saxophonistes américains actuels. C’est un immense musicien avec qui j’ai déjà eu la chance de jouer. Nous accueillerons aussi Kristin Marion, ma femme, qui présentera un projet très original autour de Django Reinhardt, avec des textes écrits sur des morceaux instrumentaux devenus des classiques du jazz manouche. Et puis il y a Ella Rabeson, une chanteuse extraordinaire que j’admire beaucoup. Elle apporte quelque chose de très personnel, nourri de plusieurs influences culturelles. Ce que j’aime, c’est proposer des univers différents tout en gardant un fil conducteur : l’émotion et le partage. Le dimanche matin gospel est devenu un rendez-vous à part du festival.
Pourquoi tient-il une place si importante ?
Parce qu’il se passe toujours quelque chose de très fort dans ces moments-là. On se retrouve dans l’église du Vieux Cannet avec plusieurs musiciens du festival, dans un esprit très libre, presque comme une jam session autour du gospel. L’église est pleine, parfois les gens restent dehors, et on sent une vraie émotion collective. Je ne suis pas quelqu’un de religieux, mais il y a dans le gospel quelque chose de profondément spirituel au sens humain du terme. Ce sont des chants qui parlent de résistance, d’espoir, de vie. Kristin connaît cet univers à merveille, et chaque année cela devient un moment suspendu.
S’il fallait résumer l’âme de Jazz ô Vieux Cannet en une image, laquelle vous viendrait ?
La place du Vieux Cannet, sans hésiter. Cet arbre immense, la petite fontaine, les maisons autour, les gens tout près des musiciens… Et cette vue incroyable au loin. Il y a une atmosphère très particulière. Après les concerts, on se retrouve souvent ensemble, on échange, on prolonge les discussions. Ce festival, c’est avant tout une aventure humaine. Le jazz reste une musique de partage, et ici, cela prend tout son sens.
Grégory Rapuc