Charles Berling & Philippe Collin – Raconter les résistantes.

Les Résistantes à Châteauvallon à Ollioules le 4 juillet 2026

Adapté du podcast à succès de Philippe Collin sur France Inter pour la scène par Charles Berling, directeur de notre scène nationale, Philippe Collin et Violaine Ballet, « Les Résistantes » arrive à Châteauvallon dans une forme théâtrale hors-du-commun, immersive et participative, pour raconter les destins de trois grandes figures de la Résistance : Mila Racine, Lucie Aubrac et Geneviève de Gaulle.

Pourquoi avoir choisi de raconter ces résistantes ?

Philippe Collin : Dans le podcast, nous racontions cinq résistantes afin de dresser un panorama plus large. Mais pour la scène, il fallait resserrer le récit et nous avons choisi trois figures emblématiques : Mila Racine, Lucie Aubrac et Geneviève de Gaulle. Elles incarnent plusieurs particula rités essentielles. D’abord leur précocité : elles entrent souvent en Résistance avant les hommes. Geneviève de Gaulle, par exemple, agit dès le 17 juin 1940 à Rennes, avant même l’appel de son oncle. Elle arrache un fanion à croix gammée sur un pont. Lucie Aubrac, elle aussi, rejoint très tôt les premiers réseaux. Au départ, les femmes représentent plus de la moitié des effectifs dans les réseaux fondateurs. Il y a aussi chez elles une forme de spontanéité politique. Elles n’ont pas accès au vote, peu aux partis ou aux syndicats. Leur engagement est souvent d’abord moral : elles jugent une situation inacceptable et agissent. Mila Racine, par exemple, voit des enfants mourir de faim dans les camps et met en place des réseaux pour les aider. Et il y a une double transgression : entrer en Résistance, c’est défier l’ordre de Vichy, mais aussi l’ordre patriarcal qui estime alors que les femmes n’ont pas leur place dans l’action ou les armes. Sur scène, nous avons aussi choisi de faire interpréter ces résistantes par de jeunes comédiennes varoises âgées de dix-huit à vingt-quatre ans. En les voyant, on prend conscience de l’âge qu’avaient réellement ces femmes. Cela force l’admiration. Charles Berling : Comme à toutes les périodes de l’histoire, certaines personnes défendent quelque chose qui dépasse leurs intérêts personnels : l’intérêt général, le bien commun. Ces femmes en font partie. Elles incarnent des valeurs pour lesquelles il faut continuer à se battre aujourd’hui. Et le théâtre, une scène nationale comme Châteauvallon, est précisément un endroit où l’on peut se poser ces questions collectivement. Charles, « Les Résistantes » est un événement participatif de cinq heures avec une forme peu commune.

Comment avez vous imaginé cette mise en scène ?

Charles Berling : Nous ne voulions pas d’un spectacle classique où les gens s’assoient simplement face à une scène. Comme pour « Léon Blum », nous avons imaginé un événement théâtral participatif. Avec Philippe Collin et Bérangère Warluzel, nous sommes au cœur de la narration. Trois jeunes actrices issues du Conservatoire incarnent les résistantes. Un autre comédien porte plusieurs voix. Il y a aussi Sébastien Goethals, dessinateur de bande dessinée, qui réalise des illustrations en direct. Nous avons également un orchestre et une chorale. Je souhaitais travailler avec la Marine nationale : trente et un jeunes aspirants interprètent différentes chansons et une vingtaine de musiciens jouent des instruments à vent. Et au milieu, on s’arrête, on boit un verre, on échange. Les  spectateurs comprennent alors qu’ils ne sont pas simplement devant un spectacle : ils participent à une expérience. C’est la seconde création de cette forme
après « Léon Blum ». Comment le public l’avait-il reçue? Charles Berling : À Châteauvallon d’abord, puis partout ailleurs en France, l’accueil a été formidable. Les gens aiment se réunir, parler de leur histoire, réfléchir ensemble. On constate aussi que tous les publics s’intéressent à ces sujets. C’est au cœur de la mission d’un théâtre : aller vers la ville, faire participer tout le monde, développer l’esprit critique et proposer un regard sur notre histoire commune. Au fond, nous nous nous posons une question universelle : comment résiste-t-on ?

Philippe, était-ce difficile d’adapter ce podcast à la scène ?

Philippe Collin : Il y avait une double difficulté pour Violaine Ballet, avec qui j’ai travaillé, et moi. D’abord l’essence du podcast, la rigueur historique et scientifique, tout en la rendant accessible et jouable sur scène. Il fallait réécrire, simplifier sans appauvrir. Le second défi, c’était l’émotion. À la radio, nous travaillons avec une mise en ondes qui crée cette émotion. Au théâtre, il faut trouver d’autres leviers : les acteurs, la musique, le dessin, le chant. L’objectif
est que les spectateurs ressortent à la fois enrichis intellectuellement et traversés par une émotion forte. C’est un défi très stimulant.

Fabrice Lo Piccolo