Littérature et BD

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Élise Lespade -Sept ans au cœur d’une tragédie familiale.

Dossier Spécial : La Fête du Livre du Var 

Paradisi Gloria, disponible en librairies

Autrice de « Paradisi gloria », Élise Lespade sera présente à la Fête du livre du Var, du 20 au 22 novembre au Palais Neptune, à Toulon. Dans son premier roman, elle entraîne le lecteur au cœur d’une famille déchirée par les secrets et les blessures.

Votre premier roman, « Paradisi gloria », approche les huit-cents pages et vous a demandé sept ans de travail. Aviez-vous prévu une telle ampleur ?
Pas du tout. J’avais un plan, mais je ne savais pas quelle longueur le livre prendrait. Il n’a pas changé ; c’est l’écriture des scènes qui a donné au roman son ampleur. J’ai découvert ma « foulée  » d’autrice : j’avais du mal à écrire des scènes minimalistes ou des chapitres de trois pages. J’avançais plutôt par chapitres de vingt ou trente pages, avec l’envie d’explorer la psyché et les relations entre les personnages.

Le récit passe par plusieurs voix, mais on n’accède jamais au point de vue de l’un des deux frères. Pourquoi avoir choisi cette construction ?
L’histoire est principalement racontée par Isabelle et Richard de Boeck, son ancien mari, avocat. Ils n’ont a priori rien à voir avec les Bromberg, mais se retrouvent mêlés à leur histoire. Isabelle raconte ce qu’elle sait et ce qu’on lui a rapporté ; sa voix rassemble celles d’autres personnages. Puis Richard mène l’enquête et prend le relais. Je voulais que cette famille soit observée de biais. Ce couple se laisse happer par son destin, comme j’aimerais que le lecteur le soit. Mais il faut garder à l’esprit que tout passe par ces narrateurs : ils ne savent pas tout et peuvent interpréter les événements. Cette histoire leur permet aussi de régler leurs propres comptes.

L’armée de l’air, la justice, la prison ou le couvent : comment avez-vous travaillé ces univers ?
J’ai fait énormément de recherches, dans des livres et sur Internet, mais aussi sur le terrain : assister à des procès aux assises, me rendre en prison, rencontrer des pilotes de chasse. Il fallait sortir du roman et aller vers des personnes qui connaissent ces univers. Cela a pris du temps, mais m’a aidée à écrire des scènes plus justes. Ces rencontres m’ont permis de confronter la documentation à l’expérience de ceux qui vivent ces situations.

Le titre évoque le paradis, alors que le roman raconte des destins sombres. Pourquoi ce choix ?
Je voulais d’abord un titre en antiphrase avec le livre. « Paradisi gloria », la gloire du paradis, est aussi une formule liturgique que l’on trouve à la fin du Stabat Mater. Elle évoque une imploration : malgré une vie marquée par le mal ou le péché, demander à être sauvé. Le titre peut donc s’entendre de deux façons : avec une ironie presque cynique, car la plupart des personnages ont peu de chances d’être sauvés, mais aussi comme une prière sincère et désespérée. Les deux dimensions coexistent.

Vous avez déjà participé à deux festivals depuis la rentrée. Aimez-vous ces rencontres avec les lecteurs ?
Je les adore. Quand on écrit, on est seul dans sa tête, à distance du monde extérieur. Après la parution, j’avais besoin du mouvement inverse : rencontrer les personnes qui ont lu le livre et souhaitent en parler. Je reçois aussi des courriers de lecteurs auxquels je réponds avec plaisir. Je trouve merveilleux qu’ils prennent le temps de m’écrire. Ces rencontres prolongent le livre à travers ce que chacun y a trouvé. J’y trouve une gratification inouïe ; si ces échanges leur font plaisir aussi, c’est d’autant plus merveilleux.

Grégory Rapuc