Littérature et BD

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Julien Sandrel – Les prisons invisibles.

Dossier Spécial : La Fête du Livre du Var

Eva des Forêts, disponible en libraire. Lecture musicale avec Baptiste Giuliano le 21 novembre au Palais Neptune à Toulon

Avec « Eva des forêts », l’auteur d’origine varoise Julien Sandrel signe un roman à suspense où trois femmes, trois parcours et trois formes d’enfermement vont finir par se croiser. De la forêt corse à Londres, l’auteur interroge les mécanismes de contrôle qui pèsent encore sur les femmes, tout en racontant avant tout une histoire de liberté et de renaissance. Il sera présent à La Fête du Livre en dédicaces et pour une lecture musicale avec son ami d’enfance Baptiste Giuliano.

Votre nouveau roman met en scène trois femmes aux destins très différents. Comment est née cette histoire ?
Je pars généralement d’un thème que j’ai envie de traiter. Pour « Eva des forêts », c’était la liberté, le contrôle et les différentes prisons dans lesquelles les femmes peuvent se retrouver enfermées. Eva vit isolée dans une forêt corse avec son père, dont elle ne peut pas sortir à cause d’un déficit immunitaire. Un soir, son père ne rentre pas. Elle est alors obligée de quitter cet univers protégé pour partir à sa recherche. En parallèle, Alice, vingt-cinq ans, cache son passé, tandis que Suzanne, trente-neuf ans, est engagée dans un parcours de procréation médicalement assistée. Trois destins qui vont bientôt entrer en collision. En travaillant sur les violences faites aux femmes pour « Le Jour où Rose a disparu », j’avais rencontré des victimes, des soignants et des bénévoles. J’avais accumulé énormément de témoignages et ressenti une certaine frustration de n’avoir pu en utiliser qu’une petite partie. Je suis donc retourné dans mes notes et cela a élargi ma réflexion. Il est question de violence dans « Eva des forêts », mais aussi de tous les mécanismes de contrôle et d’enfermement. Eva est prisonnière physiquement. Alice est enfermée dans les injonctions qui pèsent sur son corps et sa sexualité. Suzanne est prisonnière de cette injonction à la maternité, encore très présente aujourd’hui. Mais je n’aime pas rester dans quelque chose de négatif. Le roman parle finalement davantage de liberté et de ce que cela signifie d’avancer. C’est aussi quasiment un thriller. Pour « Le Jour où Rose a disparu », certains lecteurs avaient parlé d’un « thriller lumineux ». J’aime les histoires avec des rebondissements, lorsque le point d’arrivée est très éloigné de ce que l’on imaginait au départ.

Les lieux, la forêt corse et la ville de Londres, occupent une place centrale dans le récit.
Plus que la Corse, c’est vraiment le cœur de la forêt qui était important pour moi. Elle possède une dualité que l’on retrouve chez Eva. En plein jour, elle peut être merveilleuse : les oiseaux, le vent, la lumière… La nuit, elle devient inquiétante. Ce n’est pas un hasard si tant de contes se déroulent dans les forêts. Le contraste avec Londres permet aussi de poser une question : où se trouve réellement la sauvagerie ? Dans une forêt ou dans une ville où l’on peut être profondément isolé ?

Pendant cette Fête du Livre, vous serez au Palais Neptune à Toulon pour une lecture musicale avec Baptiste Giuliano. Quel lien vous unit ?
Baptiste est mon meilleur ami d’enfance et il est lui aussi d’origine italienne. Pour « Mes frères, nos fantômes et moi », mon premier récit personnel, je me suis plongé dans mes origines familiales. Je suis notamment parti à Naples avec mes frères, sur les traces de cette histoire d’immigration italienne que l’on a un peu oubliée. On a tendance à penser qu’elle s’est faite sans heurts, alors que les Italiens n’étaient pas du tout les bienvenus en France à l’époque. Cela a beaucoup touché Baptiste, qui retrouvait des échos de sa propre histoire familiale. Il m’a alors proposé d’en faire une lecture musicale. Il a composé des musiques inspirées du livre, dont le single « à la française » qui va sortir bientôt. Une première version a été donnée à Narbonne, puis nous avons enrichi le spectacle. Je vais aussi participer à son concert le 20 novembre au Telegraphe.

Fabrice Lo Piccolo