Ghyslaine Lesept – Sans filtre et à cent à l’heure.
Y a pas que le sapin qui a les boules les 29 et 31 mai. Noces de Rouille – Les débuts de l’embrouille le 30 mai – Au café-théâtre de la Porte d’Italie à Toulon
Ghyslaine Lesept investit le Café-théâtre de la Porte d’Italie à Toulon en mai. Entre seule en scène explosif et comédie culte, la directrice de la compagnie La Barjaque livre un humour sans tabou, profondément humain.
Gigi la toulonnaise revient dans un nouveau seule en scène : « Y a pas que le sapin qui a les boules », est-ce un exercice particulier ?
C’est stressant, mais aussi très jouissif. Quand je me mets à écrire, je ne sais jamais ce que je vais faire. Au départ, je ne savais pas si ce serait une comédie ou un seule en scène. Le dernier datait de 2017, « Gigi vous décape la tignasse ». Il fallait du renouveau, alors je me suis lancée, même si je pense que ce sera peut-être le dernier. C’est un énorme travail, sans doute le spectacle qui m’a demandé le plus d’efforts. Je suis sortie de ma zone de confort. C’est très physique, ça va à cent à l’heure, avec aussi une part d’improvisation : il faut porter la salle, mais si tu es à l’aise, le public suit et prend le relais.
Pourquoi avoir choisi l’univers de la gynécologie comme point de départ ?
Il y a encore beaucoup de non-dits autour de ça. Ce sont des sujets dont on parle surtout entre femmes, et encore… Les hommes en sont souvent exclus, même si ça évolue. Dans le spectacle, je joue avec ça. Je fais même accoucher un homme sur scène ! Je fais aussi le parallèle avec ma famille complètement déjantée. Mon beau-frère médecin, ma sœur, sorte de Brigitte Macron version GIFI, mon frère qui a la gnaque d’un escargot en fin de vie, marié à une cagole en string panthère, ma mère, atteinte d’Alzheimer et de Parkinson, le duo gagnant, mon neveu devenu queer, mais du moment qu’il n’est pas vegan… (rires). Il y a des moments très émouvants, je raconte des choses pas toujours jolies, mais on rit quand même. Et j’embarque le public, qui devient la salle
d’attente… Le personnage de Gigi m’accompagne depuis longtemps. Je la voulais complètement barrée ! Tout a commencé un peu par hasard, il y a vingt-cinq ans, en faisant le sosie de Mado la Niçoise. À l’époque, j’organisais des scènes ouvertes pour de jeunes talents. Un soir, j’ai remplacé un artiste absent, et ça a été une standing ovation. On m’a demandé d’en faire plus, et c’est comme ça que Gigi est née. Mais ça marchait tellement qu’on finissait par me confondre avec Mado. J’ai senti qu’il fallait évoluer. J’ai créé « Gigi culottée et dénoyautée ».
Tu reprends également « Noces de Rouille – Les débuts de l’embrouille ». Pourquoi ce spectacle fonctionne-t-il autant ?
C’est un spectacle un peu magique. Il a plu tout de suite, sans qu’on ait besoin de le retravailler. Il parle à tout le monde. On suit Gigi et Jeannot après vingt ans de mariage… et ça parle forcément ! On en est à plus de 640 représentations et 145 000 spectateurs. Certains reviennent plusieurs fois, avec leurs amis. Le public connaît même certaines répliques par cœur et les dit avec nous. C’est devenu un vrai rendez-vous.
Tu proposes des spectacles toute l’année au Café-théâtre de la Porte d’Italie. Comment se porte la scène toulonnaise ?
C’est un lieu municipal. Je programme des spectacles que je repère à Avignon, à Nice ou ailleurs. J’essaie de proposer des spectacles de café-théâtre avec du fond et de la forme. Mais le public toulonnais est exigeant. L’offre est très importante, et depuis le Covid, le noyau d’habitués s’est un peu réduit. Beaucoup de comedy clubs ont émergé, souvent avec des entrées gratuites, ce qui change les habitudes. Malgré tout, les gens viennent pour rire, et ça reste essentiel.
Fabrice Lo Piccolo