Océan – Réfléchir ensemble.

“L’Infiltré“, du 5 au 7 mai au Liberté à Toulon.

“L’Infiltré“ est un spectacle-conférence d’Océan, qui remonte sur scène
après sept ans et surtout après sa transition de genre. C’est une création
multiforme, ornée d’une véritable théâtralité et qui nous amène à nous
questionner bien au-delà du concept de genre.

Pouvez-vous faire un rapide retour sur votre histoire pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?
Je me suis fait connaître principalement, il y a environ quinze ans, par deux seuls en scène “La lesbienne invisible“ et “Chatons violents“, puis par un film pour le cinéma “Embrasse-moi !“. Ensuite, j’ai fait une transition de genre qui a été assez médiatisée, car j’ai réalisé une série en trois saisons sur le sujet, qui est toujours en ligne sur France.tv (gratuitement). J’y ai filmé les étapes de ma transition pendant un an et demi, ainsi que mon entourage. La série a été beaucoup vue, ce qui a permis à un nouveau public de me découvrir. J’ai également écrit un essai “Dans la cage“, paru dans la collection de Vanessa Springora chez Julliard en 2023 et pas mal d’autres choses ! Et là, alors que je n’étais pas monté sur scène depuis sept ans, j’arrive avec mon nouveau seul en scène “L’infiltré“.

Comment se déroule ce spectacle ?
C’est un spectacle en trois parties, qui commence comme une conférence de vulgarisation scientifique sur les questions de sexuation et de dimorphismes sexuels, chez les humains comme chez les animaux. Je parle avec humour, mais de façon très sourcée et sérieuse, de comment se sont construites les catégories homme/femme ou mâle/femelle, à quoi cela fait référence, les biais en science, etc. La deuxième partie est plus personnelle. Je parle des années 80 et de la transmission inconsciente au travers de la culture populaire, clips ou émissions télé ayant traversé cette époque, de ma perception des deux genres et de la domination patriarcale, blanche – qui est très loin d’avoir complètement évolué – ainsi que de la question coloniale. La troisième partie est encore plus intime, et aborde ce que j’entends par “infiltré“, ce que c’est qu’être un homme trans dans le monde des hommes. J’y exprime également ce que je veux transmettre à la nouvelle génération. Ça va être joyeux à Toulon, car j’ai réalisé des ateliers de théâtre et de danse avec deux classes du lycée Dumont D’Urville et ils me rejoindront sur scène pour le dernier mouvement du spectacle qui est une sorte de texte slamé. La forme est donc hybride, on y retrouve de la vidéo, des projections de dessins, d’archives, des ambiances sonores très fortes. Il y a tout un habillage, ce n’est pas simplement du stand-up, on y trouve une vraie dimension spectacle, avec un décor imposant, c’est une création multiforme et assez
complète.

L’accueil diffère-t-il d’une ville à l’autre, votre public est-il toujours bienveillant ?
Jusqu’à présent, oui, j’ai un accueil génial ! Je n’ai joué pour l’instant que dans trois villes, j’ai fait de longues séries à Paris et Strasbourg, puis j’ai joué à Blois. Ce qui me fait vraiment plaisir, c’est que le public est très diversifié. Des classes de lycée en ressortent enchantées, mais je vois aussi des personnes plus âgées qui sont touchées différemment, le public n’est pas majoritairement queer.

Les personnes qui ne comprennent pas la démarche de changement de genre sont elles forcément transphobes ?
Je pense qu’il y a simplement une part de méconnaissance ou d’ignorance plus ou moins choisie, car la question du genre concerne tout le monde. Ce spectacle n’est pas un témoignage, ça je l’ai fait dans ma série, il vient soulever des questions, le but est de réfléchir ensemble à ce que nous avons en commun…

Weena Truscelli