GUIMO SWING – Humour et poésie du déséquilibre.
GuimO Swiiing, le 6 Juin à l’espace Albert Camus à La Valette du Var
Entre jonglage, humour et tendresse, le spectacle « GuimO Swiiing », porté par l’artiste Guimo Swing (Compagnie L’Hémisphère de l’Ouest), propose un univers où le geste devient langage et la scène un espace de complicité. Nourri par l’imaginaire du cinéma burlesque, il fait de l’imprévu et de la participation du public une matière de jeu. Il mêle poésie, précision et légèreté.
Votre univers mêle jonglage, humour, esthétique vintage et interaction directe avec le public. Comment ce langage artistique s’est-il construit ?
Je viens d’abord du jonglage, qui reste la base de mon travail. Ensuite, le théâtre d’improvisation a beaucoup influencé mon rapport au jeu et à la scène. Quant à l’esthétique rétro, elle naît d’une passion ancienne pour le cinéma des années 20, pour Chaplin, Keaton et cette manière de raconter à travers le corps, le rythme et le décalage. Cet imaginaire s’est installé progressivement dans le spectacle : les costumes, les accessoires, mais aussi la musique, très présente dans mon univers. J’utilise notamment des morceaux de Django Reinhardt, avec cette couleur swing, ce grain sonore un peu ancien que j’aime beaucoup. J’ai un attachement particulier pour les sons imparfaits, les disques qui craquent, les ambiances légèrement hors du temps. L’ensemble compose un univers où se croisent humour, adresse technique et poésie visuelle.
Avec votre spectacle vous revendiquez l’humour autant que la performance. Qu’est-ce que le rire raconte que la prouesse technique seule ne peut pas exprimer ?
La démonstration technique, à elle seule, ne suffit pas à raconter une histoire. Mon personnage ne poursuit pas l’exploit parfait ; il avance avec ses hésitations, ses tentatives, parfois ses maladresses. C’est cette dimension-là qui m’intéresse. L’humour permet d’introduire de la fragilité, du jeu, une forme d’humanité. On ne regarde plus seulement quelqu’un réussir un numéro : on suit un personnage qui cherche, improvise, se confronte à ce qui lui échappe. Cette part d’imperfection crée une proximité particulière avec les spectateurs.
L’improvisation et la relation au public occupent une place centrale dans votre travail. Jusqu’où l’imprévu influence-t-il réellement une représentation ?
Le spectacle possède une structure précise, mais je tiens à conserver un espace de liberté. Chaque lieu, chaque assemblée, chaque contexte apporte une énergie différente. Une réaction inattendue, un détail du décor, une intervention spontanée peuvent modifier une séquence et ouvrir d’autres possibilités de jeu. En extérieur, cette dimension est encore plus forte. Le bruit, le vent, un événement imprévu deviennent parfois des partenaires involontaires. J’aime cette nécessité d’adaptation permanente, parce qu’elle empêche la représentation de devenir mécanique et lui conserve son caractère singulier.
Après plus de vingt ans d’existence, que recherchez-vous encore dans le spectacle vivant aujourd’hui ?
J’attends du spectacle vivant qu’il crée une rupture avec le rythme quotidien. Un temps où l’on oublie, même brièvement, les sollicitations permanentes, les écrans, les contraintes ordinaires. Après plus de vingt ans de tournée, je reste frappé par la constance de certaines réactions humaines : la curiosité, le rire, l’envie de participer. Malgré les évolutions de la société, ce besoin de contact direct demeure très fort. C’est sans doute ce qui me pousse à continuer : offrir un espace de légèreté, de spontanéité et de rencontre réelle entre des personnes réunies au même endroit.
Julie Louis Delage