Illya Amar – Une foule qui résonne.
Hors Série Spécial Fimé
Vendredi 6 novembre à 20h30 au Théâtre Marelios à La Valette-du-Var.
Percussionniste de formation classique, Illya se spécialise dans le vibraphone et le marimba et s’oriente vers le jazz, les musiques du monde et l’utilisation de machines. Spécialiste de ciné-concert, il accompagnera « La Foule » de King Vidor, un des derniers grands films du cinéma muet.
Le vibraphone est un des rares instruments qui mêle percussion et mélodie. Qu’est-ce qui vous plaît dans sa pratique ?
À l’issue de mes études de percussion classique, j’avais envie de m’éloigner du parcours traditionnel du percussionniste et de trouver une autre manière de m’exprimer. Le vibraphone m’est apparu comme une évidence. Il se joue avec quatre baguettes et, grâce à ses possibilités harmoniques, il peut se rapprocher d’un piano ou d’une guitare. Il permet donc de travailler à la fois le rythme, la mélodie et l’harmonie. Pour le ciné-concert, je me suis intéressé à l’héritage des années 1920, lorsque les pianistes improvisateurs accompagnaient les films en direct, souvent avec des harmonies et des rythmes assez simples. J’ai voulu transposer cette tradition au vibraphone, mais avec une vision contemporaine, nourrie par mon parcours de musicien de jazz. C’est à cet endroit que se rencontrent tradition et modernité.
Qu’aimez-vous particulièrement dans l’exercice du ciné-concert ?
J’aime le rapport à l’image. Même si je suis seul sur scène, je n’ai pas vraiment l’impression de l’être : les personnages sont là, à l’écran, et je partage la scène avec eux. Il y a aussi tout un jeu narratif très intéressant, avec une musique qui peut être au premier plan ou davantage en retrait, apparaître puis disparaître. Et puis le ciné-concert permet de s’intéresser au cinéma lui-même : analyser la manière dont un film est construit, son rythme, son montage, la façon dont sa tension est créée, puis chercher comment traduire tout cela musicalement.
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’accompagner « La Foule » ?
J’avais déjà travaillé sur des films de Buster Keaton et de Charlie Chaplin et j’avais envie d’aborder une œuvre plus expressionniste, avec des images très fortes, des acteurs très maquillés et une dimension presque plastique. « La Foule » offre aussi des séquences impressionnantes, notamment les plans aériens de New York, qui témoignent d’un véritable aboutissement technique du cinéma muet. Mais c’est aussi l’histoire qui m’a attiré. Le personnage est une sorte d’anti-héros qui cherche à devenir quelqu’un, à sortir de la foule, mais qui est constamment rattrapé par l’anonymat. Le film raconte finalement comment il va accepter sa place. C’est également un témoignage de son époque. Le début est presque documentaire, avec des scènes de la vie quotidienne d’un couple de classe moyenne, son intérieur, ses conditions de vie. On retrouve des problématiques qui résonnent encore aujourd’hui : les petits appartements new-yorkais, la promiscuité, la densité de la ville, avec en toile de fond la crise de 1929. On est très proche d’une œuvre de Zola. La ville devient presque un personnage.
Pour accompagner ce film, vous êtes allé voir du côté des compositeurs américains de musique minimaliste…
Oui, Steve Reich ou Terry Riley, même s’ils sont postérieurs au film. J’ai été baigné par cette culture américaine et j’avais envie de la faire résonner dans la musique.
De courtes cellules se répètent, se décalent et se transforment progressivement, cela m’intéressait beaucoup. Je reprends notamment ce principe avec mes machines : je peux lancer une séquence de marimba, puis jouer la même chose en décalage avec elle. Le vibraphone dialogue ainsi avec des séquences électroniques. Les ambiances se développent, se déforment, se décomposent pour évoquer cette foule. Pendant l’écriture, je suis d’ailleurs parti à New York. Je regardais la ville, je m’en imprégnais, puis je rentrais écrire le soir. La hauteur des buildings, la densité des gens, cette sensation d’une masse qui nous engloutit ont nourri ma musique.
Quelle place laissez-vous à l’improvisation ?
La trame est écrite, avec de nombreuses petites cases, mais à l’intérieur de ces cases, j’improvise, je regarde l’image et je joue ce que je ressens à ce moment-là. Cela change d’une salle à l’autre, devant vingt-cinq personnes ou trois cents. L’image est la même, mais l’écoute, l’espace et le public transforment forcément la musique.
Fabrice Lo Piccolo
LA FOULE
De King Vidor
USA – 104 min. – NB – 1928.
Avec James Murray, Eleanor Boardman, Bert Roach
Né le 4 juillet 1900, John Sims arrive à New York avec l’espoir de devenir « quelqu’un ». Il finit simple employé parmi des centaines, dans un bureau déshumanisé. Le film suit son mariage avec Mary, leurs joies simples et leurs tragédies, notamment la perte brutale de leur fille. Brisé par le deuil et l’échec professionnel, John frôle le suicide avant de réaliser que sa survie dépend de son acceptation : il n’est qu’un visage anonyme dans une foule indifférente, mais vivante.