Cinéma

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Mounia Meddour – Des bidonvilles de Nanterre à l’opéra, le destin de Malika Bellaribi.

Malika , sortie le 18 novembre en salles

Dans « Malika », Mounia Meddour, que nous avons rencontrée lors de l’avant-première au Pathé, retrace le parcours de Malika Bellaribi, de son enfance dans un bidonville de Nanterre à son rêve de devenir cantatrice. Un portrait de résilience et d’émancipation à découvrir en salles le 18 novembre.

Vous connaissez Malika Bellaribi depuis plus de dix ans. Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter son histoire ?
Je l’avais contactée pour faire son portrait, mais elle avait refusé. Après mes deux premiers longs métrages, je suis revenue vers elle et elle a accepté. Son courage et sa résilience m’ont touchée. Elle a grandi dans un bidonville de Nanterre, sans eau ni électricité, loin de l’éducation et de la musique. Après un terrible accident, elle a découvert le chant lyrique auprès de religieuses. Je voulais montrer comment elle a transformé cette misère en quelque chose de lumineux.

Le film s’inspire de sa vie, mais vous avez déplacé une partie de l’histoire dans les années 1980. Quelle liberté avez-vous prise avec la réalité ?
Malika m’a accordé cette liberté. La matière première est biographique, mais je voulais y apporter de la poésie. J’ai déplacé la chronologie vers les années 1980, une période forte politiquement et socialement, qui m’inspire aussi par sa musique et son esthétique. Ce qui m’intéressait, c’était l’élan de la vingtaine, quand on découvre une passion. J’ai aussi apporté quelque chose de moi : mon travail autour du corps et du traumatisme. Le film commence avec un visage dans la boue, puis s’achève sur une image lumineuse : Malika sur scène, le regard fier.

Lilya Adad incarne Malika et chante elle-même dans le film. Comment l’avez-vous choisie et préparée ?
C’est une très belle rencontre. C’est son premier film ; musicienne, elle a étudié au conservatoire au Maroc et participé à The Voice. Je voulais une interprète d’origine maghrébine, car quelque chose se transmet par le corps, la gestuelle et la langue. Elle a travaillé cinq ou six mois avec Malika Bellaribi sur le timbre, la posture et le chant lyrique. La quasi-totalité des chants est la sienne. Nous avons travaillé le son avec deux compositeurs pour envelopper le spectateur dans la musique.

Après « Papicha » et « Houria », vous racontez encore le parcours d’une femme qui cherche sa liberté par l’art. Est-ce un fil rouge de votre cinéma ?
Oui, cela fait partie de mon ADN. Ces histoires reviennent parce qu’il y a des parcours de femmes à mettre en lumière. J’aime raconter leurs combats et leur quotidien, sans en faire des personnages lisses. La mère de Malika, par exemple, ne devait pas être seulement une victime. Je travaille en amont à partir de recherches, de portraits et de musique pour construire des personnages complexes. L’art a été un exutoire pour moi. Le chant, la danse, la couture ou la cuisine peuvent aider à s’épanouir et ouvrir des possibles.

Quelle place laissez-vous à l’improvisation sur le plateau ?
Une place importante. Le scénario est documenté, puis nous retravaillons les dialogues et les situations avec les acteurs. Je tourne d’abord ce qui est écrit, puis je leur laisse la liberté de proposer. Le manque de moyens a été une difficulté, mais il m’a aussi permis de garder une grande liberté. En accompagnant le film dans différentes villes, je vois que les questions changent : certains parlent de musique, d’autres des bidonvilles ou de politique. Mais ce qui revient souvent, c’est le courage et la sincérité de Malika.

Grégory Rapuc