Isabelle Magnin – La danse au-delà des frontières
Danse
Stage de danse les 23 octobre de 17h à 19h30, les 24 et 25 octobre de 10h à 17h au Liberté à Toulon
Les 23, 24 et 25 octobre, la compagnie Grand Bal investit Le Liberté à Toulon pour un stage ouvert aux danseurs de plus de seize ans. À l’initiative de la chorégraphe varoise Isabelle Magnin, ce rendez-vous s’inscrit dans un projet européen Erasmus+ consacré aux pratiques chorégraphiques, à la transmission et à la place des femmes dans le métier.
Isabelle, comment ce projet s’inscrit-il dans la continuité de la compagnie Grand Bal ?
Avant, je créais des spectacles, mais j’ai aujourd’hui soixante-et-onze ans et je me suis demandé comment continuer à être chorégraphe en travaillant autrement. Je fais partie de l’association Mozaïc et dans ce cadre, nous avons suivi une formation autour des projets européens. C’est un projet assez lourd à porter, avec beaucoup de dossiers, mais c’est aussi une vraie opportunité. Pour moi, c’est une autre manière d’exercer mon métier de chorégraphe.
Le projet comporte également une dimension féministe. Les femmes sont encore souvent moins bien traitées économiquement que les hommes dans le milieu artistique. C’est donc le prolongement de ma carrière, mais aussi de choix éthiques.
Quel est le principe de ce projet européen ?
Je travaille avec un groupe de chorégraphes que j’emmène dans des capitales européennes. Il y a des artistes de plusieurs régions françaises, dont deux de Provence-Alpes-Côte d’Azur, mais aussi des personnes de Paris, Grenoble ou Montpellier. La question est de savoir comment travailler ensemble et construire une véritable communauté professionnelle. Habituellement, nous allons dans différents pays européens, en Grèce, en Irlande, en Espagne… Nous rencontrons des artistes et observons leurs pratiques pour faire évoluer les nôtres. On regarde, on échange, on pose des questions, on réfléchit ensemble.
Cette fois, j’ai voulu ramener une partie de cette expérience à Toulon avec un mini-stage. Ces rencontres ne sont généralement pas ouvertes au public. Je trouvais intéressant d’élargir cette possibilité et de montrer aussi tout ce qu’Erasmus+ peut apporter à des professions très différentes. Il y a toujours une dimension pédagogique : nous apprenons en observant les autres et en confrontant nos pratiques.
La place des femmes est au cœur de ta démarche…
Depuis trois ans, je développe ce projet Erasmus+ avec une accréditation qui permet de le poursuivre sur plusieurs années. L’idée est notamment de mettre en relation des femmes chorégraphes, pour voir comment elles exercent leur métier et comment elles parviennent à s’en sortir économiquement.
Au départ, il y a beaucoup de femmes dans la danse, mais lorsqu’on regarde les postes de responsabilité, les hommes restent plus nombreux. Il faut donc donner davantage de travail aux femmes, mais aussi leur donner des outils pour créer leur propre réseau.
Que proposera le stage des 23, 24 et 25 octobre ?
Trois artistes slovènes viendront transmettre des techniques encore peu enseignées en France. J’ai proposé un partenariat entre Le Liberté, le Conservatoire et le Comité départemental de la danse afin que ce stage soit accessible au plus grand nombre.
Il est destiné aux plus de seize ans ayant de bonnes bases en danse. Il ne s’agit pas de cours techniques classiques, mais d’un travail autour de matières permettant de créer, d’improviser et de travailler le partnering, donc en duo. Ce sont des pratiques de plus en plus étudiées, mais qui sont encore peu présentes dans les formations habituelles.
L’objectif est aussi de travailler avec les autres, notamment à travers l’improvisation collective.
Comment as-tu réussi à réunir les partenaires nécessaires ?
Je n’ai pas de studio de danse, donc il fallait trouver des partenaires. Cela s’est fait assez facilement. Le Liberté nous accueille tout le week-end, le Conservatoire est également impliqué et certains de ses élèves participent au stage. Le Comité départemental de la danse a, lui, relayé l’information auprès d’autres écoles. Nous attendons entre vingt et vingt-cinq participants.
Qu’attends-tu de cette expérience ?
À terme, j’aimerais que ma compagnie devienne un lieu de réflexion sur le métier de chorégraphe. Comment les femmes peuvent-elles exercer ce métier ? Quels outils peut-on leur donner ? Mais il s’agit aussi de mesurer concrètement, politiquement, l’égalité entre les femmes et les hommes.
Depuis que nous avons commencé ce travail, j’ai par exemple proposé à une jeune chorégraphe toulonnaise de participer à un projet international autour de l’eau, porté par une chorégraphe internationale. L’idée, à terme, est de décloisonner. Nous ne devons pas travailler uniquement à l’échelle de notre région.
On peut être très ancré à Toulon et, en même temps, être relié à la communauté chorégraphique internationale. C’est ce qu’a fait Frank Micheletti : il est très implanté à Toulon tout en faisant essaimer son travail partout. C’est aussi ce que j’aimerais développer avec Grand Bal.
Comment perçois-tu la vitalité de la danse sur notre territoire ?
Elle est réelle et elle augmente. C’est formidable de voir qu’il existe une communauté aussi forte, dans laquelle chacun peut apporter quelque chose à sa manière. C’est aussi pour cela que quatre jeunes chorégraphes du territoire sont impliquées dans mon projet.
Ce stage est donc une occasion assez rare d’approcher de nouveaux champs chorégraphiques, mais aussi de rencontrer d’autres artistes et de réfléchir ensemble à nos pratiques. Et c’est finalement un très beau cadeau que nous offre l’Europe.
Fabrice Lo Piccolo