Zize – La cinquantaine en folie !
Exclusivité web
IrréZIZEtible, le 15 octobre 2026 au Palais Neptune à Toulon
Dans « IrréZIZEtible », Thierry Wilson poursuit les aventures de son personnage marseillais avec une nouvelle étape particulièrement mouvementée : ménopause, mari infidèle et fils devenu père… Le tout avec humour et énergie, il puise dans son expérience du cabaret comme dans l’observation de son entourage pour faire évoluer son personnage.
Alors Zize, dans ce nouveau spectacle, vous êtes ménopausée, cocue et grand-mère. Ça fait beaucoup de bouleversements !
Surtout qu’elle l’apprend le même jour ! C’est la suite des aventures de Zize, qui ont commencé en 2014 avec Miss Marseille, puis 100 % Marseillaise et J’ai marié mon fils. C’est l’évolution d’une femme, et cela ouvre la porte à la suite de son histoire. Zize est complètement en folie ! Ce qui la rend encore plus dingue, c’est qu’elle ne s’attendait pas à tout ça. Quand son mari était jeune, il était beau, mais maintenant il est devenu con et moche… et c’est justement à ce moment-là qu’il la trompe ! Elle a surtout peur de devenir la risée de tout le quartier. La ménopause la chamboule de l’intérieur comme de l’extérieur. Elle envisage même la chirurgie esthétique. Je me suis beaucoup amusé avec ça : bientôt, il n’y aura plus de chauves parce que tout le monde ira en Turquie, plus de vieilles dames parce que tout le monde aura des faux seins… Tout le monde sera excitant, mais on aura tous Alzheimer et on ne se souviendra plus de rien ! Je me suis aussi amusé à faire chercher à Zize, dans la salle, la personne avec qui elle pourrait tromper son mari. Je suis revenu à ce que je faisais dans le cabaret il y a vingt ans. C’est quelque chose que les artistes de cabaret, dès Joséphine Baker, ont beaucoup utilisé. Je m’étais interdit de le faire parce que c’est facile et que cela a beaucoup été fait. Mais j’ai décidé de m’approprier ce que je sais faire de mieux : m’amuser avec le public.
Comment est né le personnage de Zize ?
J’avais très envie de créer ce personnage. J’ai fait du cabaret et du music-hall un peu par hasard. J’avais fait le Cours Florent, je sortais du conservatoire et je voulais faire du théâtre. Puis j’ai rencontré Coccinelle et le cabaret s’est imposé à moi. J’ai travaillé chez Michou pendant dix-sept ans, où j’ai rencontré le monde entier : Diana Ross, Tina Turner, Yves Saint Laurent, Johnny… Un spectacle de cabaret doit être extrêmement précis. Si ce n’est pas carré et exceptionnel, ça ne fonctionne pas. J’ai toujours eu une passion pour Jacqueline Maillan, Marthe Mercadier, Maria Pacôme… J’avais envie de jouer Feydeau, mais j’avais cette étiquette de transformiste. Aujourd’hui encore, on vous met dans des cases : je suis catégorisé comme artiste de cabaret.
Comment écrivez-vous vos spectacles ?
Je vis à la campagne, je suis enfant unique et assez solitaire. J’adore les animaux. Je prends mon chien, je vais me balader, j’écoute les gens. J’ai aussi beaucoup de copines et leurs vies m’inspirent énormément. Dans ce spectacle, j’ai même intégré des mots de jeunes. J’avais une habilleuse à Paris, une jeune fille extraordinaire, mais je ne comprenais pas toujours ce qu’elle disait ! Elle m’a donné quelques cours de « parler jeune » et j’ai mis ces expressions dans la bouche de Zize. Je m’amuse beaucoup avec ça. Elle peut par exemple dire : « Barbie va se faire ken ! »
Vous avez été marié à Coccinelle, première femme transgenre, et vous avez été transformiste chez Michou. Comment regardez-vous aujourd’hui ce parcours de vie ?
À partir du moment où l’on comprend que notre différence est une chance, on ne va pas vivre notre vie au rabais. J’ai décidé de vivre la mienne sous les projecteurs. Coccinelle a été un cadeau de la vie. J’ai passé vingt ans à ses côtés et elle m’a appris énormément de choses. Il y a aussi une part de chance : la vie, c’est un manège, il ne faut pas rater son tour. J’ai moi-même fait des changements énormes. J’étais directeur artistique chez Michou et, à quarante ans, j’ai décidé d’arrêter pour faire du théâtre. C’est là que j’ai repris mes cahiers et tout ce que j’avais noté, sur toutes ces femmes que j’ai croisées, notamment dans le salon de coiffure de ma mère. Nous avons aussi construit l’apparence de Zize avec Coccinelle, en regardant le personnage de Sylvia Fine dans « Une nounou d’enfer », alors que j’étais très mince à l’époque ! C’est une aventure incroyable. Je n’aurais jamais pensé, il y a vingt-cinq ans, que Zize prendrait cette place dans ma vie.
L’humour peut-il être une bonne façon de faire avancer la cause transgenre ?
Oui, c’est une très bonne façon. Je n’aime pas faire passer les choses en force. Les drag queens ont aujourd’hui beaucoup de visibilité et portent parfois un message politique important, mais je trouve qu’à l’heure actuelle, on essaie d’imposer beaucoup de choses. Moi, je préfère faire passer les choses en douceur. Il faut se modérer dans tout ce qu’on dit. Au moment du mariage pour tous, nous avons été très exposés. Ce n’était pas facile pour nous, homosexuels. Moi, je suis surtout pour qu’on vive bien ensemble, qu’on se respecte. Je préfère transmettre cela avec humour plutôt que de donner des leçons.
Vous avez également publié une autobiographie et sorti un disque. Cette envie de toucher à plusieurs disciplines est-elle naturelle pour vous ?
Quand on est artiste, on a envie de butiner ! On ne va pas faire toujours la même chose. C’est une façon de se faire plaisir, de se réinventer et de se redécouvrir. Et le public apprécie. J’ai notamment fait un spectacle qui mélangeait sketches et chansons, puis une tournée d’été extraordinaire. Le public a envie de s’amuser, pas de se prendre la tête. Je fais partie de ces artistes qui aiment ça. J’ai joué dans de très grandes salles, mais je ne veux pas pour autant augmenter le prix des places. Maintenant que nous faisons de plus grandes salles, nous n’en avons pas besoin, puisque nous vendons plus de billets. Je ne veux pas laisser mon public fidèle sur le bord de la route.
Fabrice Lo Piccolo