Spectacles vivants

Jeanne Anna Simone – La douceur comme puissance de création

Les Courants d’arrachement, Var Lire en Territoire du 7 septembre au 21 novembre dans les médiathèques

Née d’un désir d’autonomie artistique, la Compagnie Douce invente des espaces sensibles où la douceur devient une force de création et où les disciplines se répondent pour raconter le monde autrement. Portée par une équipe pluridisciplinaire, elle déploie ses projets dans des lieux variés, au plus près des publics. Entre théâtre, chant, danse et arts visuels, Douce affirme une manière singulière de rencontrer l’autre et de partager la création.

Douce est une compagnie toute récente, comment est-elle née ?

Elle est née d’un besoin d’autonomie artistique. J’ai longtemps travaillé pour différentes structures, mais mes propres projets prenaient de l’ampleur et je sentais qu’il était temps de leurs offrir un espace dédié. Jusqu’ici, je m’appuyais sur une autre compagnie qui m’accompagnait, mais je voulais pouvoir créer librement, rassembler une équipe et développer un langage qui me ressemble. Cela s’est alors construit naturellement autour des artistes avec qui je partage une manière sensible d’aborder la création : danse, théâtre, arts visuels, musique… Une équipe pluridisciplinaire qui réunit notamment Laura Bourguet, Mathilde Parmentier-Gierusz, Ambre Macchia, Lucie Aouci et Rose Jaubert.

 

Pourquoi avoir choisi ce nom ?

On m’a souvent dit que j’apportais de la douceur dans le travail. Au début, je craignais qu’on m’enferme dans quelque chose de fragile. Et puis j’ai compris que la douceur n’était pas une faiblesse, mais une puissance. Dans un monde de plus en plus rapide, compétitif, violent, la douceur peut devenir un espace de résistance, d’écoute, de respiration. Le nom fait aussi écho au livre Puissance de la douceur d’Anne Dufourmantelle, qui m’accompagne beaucoup. Cette idée que la douceur peut transformer le rapport au monde, je la revendique pleinement aujourd’hui.

 

Votre travail mêle théâtre, chant, danse, arts visuels… Comment ces disciplines dialoguent-elles ?

La compagnie est pluridisciplinaire parce que ma pratique l’est. Même dans les projets les plus théâtraux, la voix, le corps et la musique restent essentiels. Certaines pièces ne pourraient pas exister sans les chants, d’autres sans la danse ou la performance. Chaque projet impose sa forme, son équipe et son rythme : certaines créations se font à deux, d’autres en groupe. Ce qui nous relie, c’est l’envie d’inventer des espaces sensibles où les langages se répondent, se frottent, se transforment. Cette saison, nous jouons notamment Penn Sardin, une pièce qui mêle théâtre et chant autour de la lutte des sardinières de Douarnenez. Il reste des places pour certaines représentations.

 

Vous jouez beaucoup hors des théâtres. Qu’est-ce que cela change dans votre rapport au public ?

Cela change tout. Jouer en médiathèque, à l’école ou en maison d’arrêt nous confronte à des publics qui ne seraient peut-être jamais venus au théâtre. Cela nous oblige à être dans la rencontre, l’accessibilité et la simplicité. Nous participons notamment au dispositif Var Lire en territoire, qui nous permet de jouer dans de nombreuses médiathèques du département. Cette année, nous y présentons Les Courants d’arrachement, une adaptation du roman d’Élise Lépine, avec une tournée de septembre à novembre. Je crois profondément que le théâtre n’est pas un lieu réservé à ceux qui ont un bagage culturel particulier. C’est un espace de lien, de partage, de vécu commun. Dans les ateliers, notamment autour de la voix, je vois des personnes qui n’avaient pas prévu d’être là, qui s’arrêtent par curiosité… et qui découvrent quelque chose d’elles-mêmes. Le corps, la voix, la poésie : ce sont des portes d’entrée ouvertes à tout le monde.

Julie Louis Delage