Johnny Seyx – Le public finit par douter, et c’est fascinant.

Le 30 juillet au festival Les Tréteaux au Château féodal à Ollioules

Avec « Goldi, la vérité sur Boucle d’Or et le Gangsta Rap », présenté le 30 juillet au festival Les Tréteaux d’Ollioules, Johnny Seyx entraîne le public dans une conférence aussi loufoque que rigoureusement construite. Rencontre.

Comment est née cette idée de relier Boucle d’Or, Tupac et Pythagore dans un même spectacle ?
Tout est parti d’un hasard. Lors d’un stage de rap auquel j’ai participé, l’intervenant a évoqué Boucle d’Or. Je me suis alors rendu compte que je connaissais très mal ce conte. En le redécouvrant, j’ai trouvé l’histoire étrange : une petite fille entre chez des ours, dérange tout et s’en sort sans véritable conséquence. J’ai d’abord pensé l’adapter, mais je me suis aperçu qu’énormément de choses avaient déjà été faites autour de ce récit, notamment dans le monde anglophone. Je me suis alors intéressé à l’histoire du hip-hop, qui célébrait ses cinquante ans, et, en tirant différents fils, des rapprochements inattendus sont apparus. J’aime chercher des angles nouveaux, parfois absurdes, mais qui reposent sur une vraie cohérence.

Votre spectacle prend la forme d’une conférence très documentée. Cherchez-vous aussi à questionner notre rapport à la vérité ?
Oui. Au départ, l’idée d’un lien entre Boucle d’Or et le gangsta rap paraît totalement absurde. Personne n’y croit. Pourtant, au fil du spectacle, les spectateurs commencent à douter. Cela interroge la force de l’argumentation et notre rapport au discours. Je me suis notamment intéressé aux sophistes grecs, qui considéraient qu’une vérité restait valable jusqu’à ce qu’un meilleur argument ne la remplace. Jusqu’où peut-on emmener quelqu’un avec un raisonnement bien construit ? C’est cette question qui traverse le spectacle.

Le hip-hop occupe une place importante dans Goldi. Quel rapport entretenez-vous avec cette culture ?
C’est avant tout un hommage. Je n’ai pas toujours porté ce regard sur le hip-hop. Comme beaucoup, j’en avais une vision parfois caricaturale. En m’y intéressant davantage, j’ai découvert une richesse immense, des revendications fortes, mais aussi une incroyable diversité artistique. Le hip-hop s’inscrit dans la continuité des grandes musiques afro-américaines, du blues au jazz. C’est une histoire passionnante et un mouvement culturel qui, plus de cinquante ans après sa naissance dans le Bronx, reste toujours extrêmement vivant.

Vous jouerez cet été aux Tréteaux d’Ollioules. Qu’attendez-vous de cette rencontre avec le public ?
Avec la compagnie Superfluu, nous faisons essentiellement du théâtre de rue. Nous jouons donc souvent dans des lieux atypiques. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la relation directe avec le public. Dans « Goldi », il y a toujours une part d’interaction. Les spectateurs réagissent, participent, influencent parfois la représentation. Cette dimension collective est essentielle pour moi et le cadre du château d’Ollioules s’y prête particulièrement bien.

Après avoir démontré les liens entre Boucle d’Or et le gangsta rap, existe-t-il d’autres grandes vérités cachées que Johnny Seyx rêve encore de révéler au public ?
Pour l’instant, ma principale création de l’année 2026, c’est surtout ma fille, qui vient de naître ! Goldi est encore un spectacle très jeune et j’espère qu’il continuera longtemps sa route. Quant aux prochaines révélations, elles restent encore secrètes. Mais s’il y a un message à transmettre, c’est celui-ci : documentez-vous, croisez toujours vos sources et gardez votre esprit critique.

Grégory Rapuc