Josu Zabala – Un récit en mouvement au cœur du ballet.
LAC, les 7 et 8 octobre au Zénith de Toulon (programmé par l’Opéra de Toulon)
Les Ballets de Monte-Carlo reviennent à Toulon avec « LAC », œuvre majeure de Jean-Christophe Maillot qui replace le récit au cœur du ballet. En renouant avec les mythes fondateurs et les peurs enfouies, Maillot propose une lecture contemporaine du « Lac des cygnes », portée par une esthétique singulière et une dramaturgie puissante. Josu Zabala, responsable de la programmation des compagnies invitées, revient sur cette création et sur la relation qui unit la compagnie à Toulon. Un spectacle programmé par l’Opéra de Toulon.
Comment définiriez-vous votre rôle de programmateur, et comment s’est construite votre collaboration avec l’Opéra de Toulon ?
Mon rôle consiste à inviter des compagnies et des chorégraphes au sein des Ballets de Monte-Carlo, mais aussi à organiser la diffusion de nos propres œuvres. Cela implique de choisir les pièces, de coordonner les tournées et de travailler avec les théâtres partenaires. Avec Toulon, une relation s’est installée au fil des années : nous y avons présenté « Roméo et Juliette » en 2023, puis « Cendrillon » en 2024. Revenir en 2026 avec « LAC » prolonge cette fidélité et confirme l’envie de partager régulièrement notre travail avec un public toulonnais toujours très attentif à nos propositions.
Pourquoi présenter « LAC » à Toulon cette saison ?
Ce choix est né du dialogue avec l’Opéra de Toulon. « LAC » propose une approche très différente du « Lac des cygnes », où l’intrigue redevient centrale. Jean-Christophe Maillot s’attaque à une œuvre sombre et ancienne, inscrite au répertoire de toutes les grandes compagnies, pour la faire dialoguer avec notre époque à travers un mouvement dynamique, physique, presque instinctif. C’est une pièce forte et accessible, qui ne renonce jamais à son exigence.
Comment la scénographie, les costumes et les lumières s’articulent-ils avec la chorégraphie ?
C’est un véritable travail d’équipe. Le scénographe Ernest Pignon-Ernest, qui accompagne la compagnie depuis près de trente ans, imagine ses décors en dialogue constant avec la chorégraphie. Le costumier Philippe Guillotel, connu pour son travail sur « Mission Cléopâtre » et les Jeux olympiques, et le créateur lumières Samuel Thery complètent cette équipe qui construit la pièce dès les premières esquisses. Rien n’est plaqué après coup : chacun enrichit, à sa manière, l’histoire mise en scène, jusqu’à l’argument co-écrit avec l’écrivain Jean Rouaud.
« LAC » renoue avec les mythes fondateurs et les peurs enfouies. Comment cette dimension narrative s’inscrit-elle dans l’identité artistique de la compagnie ?
La narration est au cœur du travail de Jean-Christophe Maillot. Il aime partir de récits puissants, de mythes, de figures qui traversent les cultures. Dans « LAC », il convoque des sources grecques, nordiques et russes pour retrouver la profondeur originelle du conte. Cette dimension narrative joue un rôle essentiel dans nos choix de programmation : le public a besoin d’histoires, de repères, de récits qui permettent de comprendre ce qui se joue sur scène. « LAC » offre cette lecture immédiate, tout en laissant chacun construire sa propre interprétation.
Que souhaitez vous que le public toulonnais découvre ou ressente en voyant « LAC » ?
J’espère qu’il découvrira un spectacle où chaque spectateur peut se forger sa propre vision. Ici, le moindre geste sert la tension qui se noue sur le plateau, sans jamais s’en détacher. C’est une pièce d’excellence, aussi bien pour les connaisseurs que pour ceux qui redécouvrent le classique sous un autre jour, dans une forme qui leur parle directement, ici et maintenant, avec une intensité rare.
Julie Louis Delage