Spectacles vivants

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Maurin Roubaud – Quand Victor Hugo rencontre la marionnette.

Pain noir le 13 novembre au Centre Culturel Tisot à La Seyne

Les compagnies La Divine Usine et Larsen s’emparent de « Claude Gueux » pour interroger la misère, l’enfermement et la manière dont une société peut fabriquer sa propre violence. Porté par le comédien Maurin Roubaud, mis en scène par Stéphanie Slimani et accompagné par le manipulateur Killian Chapput, le spectacle mêle théâtre physique, marionnettes, mapping et univers rétrofuturiste.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette nouvelle de Victor Hugo, « Claude Gueux » ?
Stéphanie : J’aime beaucoup adapter des textes littéraires et le seul-en-scène. L’an dernier, nous avons rencontré Maurin. Nous cherchions un texte et je le voyais bien dans Victor Hugo. Toutes les œuvres ne sont pas forcément adaptables, mais celle-ci l’est. Je ne voulais pas toucher au texte de Hugo. En revanche, nous l’avons placé dans un autre univers que celui du XIXe siècle.
Maurin : Je connaissais l’œuvre et j’aime beaucoup Victor Hugo. Ce qui m’intéressait aussi, c’est son étonnante résonance avec le monde actuel. On parle de la peine de mort qu’Hugo combattait, mais aussi d’enfermement et du système carcéral. Claude Gueux est un homme cultivé, intelligent et aimé. Il commet un petit vol et suite à son incarcération finit par tuer quelqu’un.
Stéphanie : Hugo pose une question fondamentale : comment une société, par les choix qu’elle fait, peut-elle conduire quelqu’un à davantage de violence au lieu de réparer le mal ? Pour lui, la prison devrait rendre un homme meilleur. À quoi sert donc l’enfermement ? Il y a aussi cette réalité très simple : le peuple a faim, le peuple a froid, et la misère pousse au crime.

La marionnette joue un rôle important dans votre adaptation.
Killian : J’ai toujours travaillé avec la marionnette dans la compagnie, même si Stéphanie en était la spécialiste. Je suis derrière le décor, avec deux lucarnes, et j’apparais par moments, en fond. Les marionnettes deviennent de véritables partenaires de scène pour Maurin : il leur parle, interagit avec elles.
Stéphanie : Je voulais un univers carcéral graphique et rétrofuturiste, proche d’Enki Bilal, des touches de science-fiction, avec un monolithe, référence à « 2001, l’odyssée de l’espace ». La marionnette apporte une forme d’étrangeté. Nous avons un personnage humain, un rat, un directeur de prison complètement difforme… La marionnette fascine le spectateur. Une fois qu’il accepte son existence, il accepte aussi tout ce qui va se produire ensuite. Le mapping vidéo participe aussi à cette atmosphère. De même que la création sonore réalisée par Benoît Olive. C’est essentiel pour nous d’avoir des créations originales et nous tenons à ce qu’elles ne soient pas générées par l’IA, même si parfois on peut croire que c’est le cas : les voix semblent automatisées… mais avec des bugs.
Maurin : Je travaille depuis plusieurs années en milieu carcéral, notamment dans des ateliers de musique et de théâtre depuis 2021. J’ai pu récupérer des sons de cris, de gardiens, de détenus, de portes qui claquent, le bip d’une porte qui s’ouvre…

Maurin, comment as-tu travaillé ce personnage de Claude Gueux ?
Je me suis inspiré de personnes rencontrées en milieu carcéral. C’est probablement le personnage dans lequel je suis allé le plus loin dans l’abandon, la tristesse et la solitude. Il cherche l’amour, il a perdu sa femme et son enfant, puis un ami va lui donner un peu de cette affection. Pour aller aussi loin, il faut être très préparé. Je ne peux pas simplement jouer la peur ou la tristesse : je dois être la peur, la tristesse, l’amour… C’est aussi très physique, certains passages sont presque chorégraphiés. Je fais 110 kilos pour 1m83, je suis imposant, mais sur scène je dois me déplacer avec légèreté, être souple, parfois tricher avec mon poids. Et lorsque je tombe, au contraire, je joue sur cette lourdeur. À la fin, je suis en sueur. Fabrice Lo Piccolo