Lou Trotignon – Changer de genre avec humour.
Mérou, à Châteauvallon à Ollioules le 24 novembre
Peut-on réinventer sa vie ? Avec Mérou, Lou Trotignon explore cette question à travers son propre parcours de transition, entre humour, métamorphose et quête d’authenticité. Un seul-en-scène drôle et intime, qui bouscule les idées reçues et invite à porter un autre regard sur l’identité, à découvrir le 24 novembre à Châteauvallon, dans le cadre du festival In&Out.
Comment est née l’envie de créer « Mérou » ?
La première version du spectacle remonte à 2022. Au départ, je ne pensais pas parler de transidentité. Mais je me suis rendu compte que j’étais trans pendant l’écriture de « Mérou », et cela en a profondément modifié la trajectoire. La transition occupait alors une place importante dans ma vie et il est devenu évident qu’elle trouverait sa place dans le spectacle. Je n’ai jamais construit ce projet comme une démarche militante ou pédagogique. Mon envie était avant tout de raconter ce que je traversais.
Le mérou est devenu bien plus qu’une image dans le spectacle. Comment s’est-il imposé ?
Au départ, c’était presque une anecdote, une blague qui revenait régulièrement. Puis j’ai constaté que les spectateurs s’en souvenaient particulièrement. Ils m’en parlaient après les représentations. Peu à peu, cette figure du mérou est devenue un véritable fil conducteur. J’aime aussi l’idée qu’une image permette parfois d’aborder des questions complexes avec davantage de liberté qu’un discours frontal. Le symbole ouvre un espace d’imaginaire et de projection que je trouve très précieux au théâtre comme dans l’humour.
Vous partez d’un récit intime, mais votre spectacle semble toucher des publics très divers. Qu’est-ce qui, selon vous, rend cette histoire partageable ?
Je crois que le spectacle parle avant tout de la recherche d’authenticité. Bien sûr, il est question de transidentité, mais il est aussi question des injonctions auxquelles nous sommes tous confrontés. Beaucoup de personnes se reconnaissent dans cette idée d’essayer de devenir soi-même malgré les attentes extérieures. C’est sans doute pour cela que des spectateurs qui n’ont rien vécu de comparable me disent tout de même se reconnaître dans certaines situations ou émotions.
L’humour occupe une place centrale dans votre travail. Que permet-il d’aborder que d’autres formes de discours atteignent plus difficilement ?
Le rire crée une relation particulière. Il permet d’ouvrir un espace de dialogue et d’écoute. Certains sujets peuvent susciter des crispations ou des oppositions lorsqu’ils sont abordés frontalement. L’humour, lui, crée d’abord une rencontre. Cela ne remplace ni l’engagement ni le débat, mais ça permet peut-être de regarder certaines réalités autrement. En tant qu’humoriste, ce qui m’intéresse n’est pas seulement de faire passer un message, c’est de partager avec le public une expérience où chacun peut se reconnaître, réfléchir et parfois se laisser surprendre.
Vous présenterez « Mérou » à Châteauvallon dans le cadre du festival In&Out. Quelle importance accordez-vous à ces événements qui permettent de faire découvrir des artistes et des récits encore peu représentés sur scène ?
Ce que j’apprécie, c’est aussi la manière dont le spectacle permet de rencontrer des personnes et de créer des liens avec les communautés LGBT locales. C’est quelque chose qui compte beaucoup pour moi. Jouer sur une scène nationale, c’est encore assez nouveau dans mon parcours, donc je découvre aussi ce que ces lieux peuvent apporter au spectacle et à la rencontre avec le public.
Julie Louis Delage