Spectacles vivants

Lucas Andrieu – Le théâtre sous tension.

L’étrange affaire émilie Artois, le 28 octobre au Théâtre Le Colbert à Toulon

Lucas Andrieu, metteur en scène de la compagnie Ibikeur (et organisateur du festival de théâtre de Solliès-Pont) présente « L’étrange affaire émilie Artois », un thriller psychologique qui questionne notre rapport à la vérité et à la justice. Une pièce immersive, nourrie par les codes du cinéma et portée par une mise en scène sous tension.

Quel est le point de départ de « L’étrange affaire émilie Artois », qui est un véritable thriller ?
Une femme est convoquée par la police, soupçonnée d’avoir volé une carte bancaire. Sur le papier, c’est une histoire assez banale. Mais le lieutenant chargé de recueillir sa déposition va tirer un fil sur lequel il n’aurait peut-être pas dû tirer… Je préfère ne pas en dire davantage.
J’ai toujours été attiré par le thriller. J’ai beaucoup lu Stephen King et j’ai une vraie admiration pour Alfred Hitchcock. C’est également intéressant pour moi de ne pas écrire deux fois le même genre. Chaque pièce est une nouvelle aventure. Dans mes pièces, je tiens à ce que les choses ne soient jamais gratuites. Il faut qu’il y ait un fond, une dimension sociale.

La pièce, écrite en 2019, est devenue le plus grand succès de la compagnie. Comment expliques-tu cette trajectoire ?
C’est complètement fou ! La première version a été écrite avec ma compagne Emma, alors que j’étais encore étudiant. Nous avons eu la chance de pouvoir la jouer au Théâtre de la Contrescarpe, avec d’excellents retours. Puis la Covid a tout arrêté. En 2023, j’ai repris la pièce, adapté le texte et repris la mise en scène. Depuis, l’aventure est assez incroyable : le spectacle affiche complet depuis plusieurs années à Avignon et nous avons reçu plusieurs prix. Ce succès m’a aussi donné une véritable liberté pour la suite de mon travail.

Tu as choisi une mise en scène immersive, entre théâtre et cinéma…
Je suis cinéphile et j’ai fait des études de cinéma et de théâtre. La pièce est d’ailleurs écrite comme un scénario, puisque j’ai appris à écrire pour le cinéma. J’ai cherché une mise en scène très réaliste, avec une façon de parler quotidienne, quelque chose qui se resserre progressivement autour de l’intrigue. C’est assez déconcertant : on entend des choses auxquelles on ne s’attend pas et on ne sait jamais vraiment si les personnages mentent, s’ils jouent entre eux ou avec nous. Cela crée une tension supplémentaire.
J’utilise aussi des codes assez cinématographiques, notamment avec la lumière. Je m’en sers pour créer des sortes de « cuts ». J’aime que les transitions se voient, les assumer plutôt que de les dissimuler.
La musique est une création originale : Manon Hincker, alias Malnas, la compositrice de la compagnie, a, elle aussi, une approche très cinématographique. Nous avons une vraie complicité et elle comprend très vite ce que je recherche.
Et j’ai des acteurs de talent : Laure Duedal, que l’on a vue dans « Adieu Monsieur Haffmann » de Jean-Philippe Daguerre, interprète émilie. Johan Schies a également repris le rôle que j’interprétais au départ. Ce n’était pas évident car j’avais écrit le personnage pour moi, mais il s’est totalement réapproprié le rôle.

Que représente pour toi cette date au Colbert ?
C’est particulier. La dernière fois que nous avons joué « L’étrange affaire émilie Artois » à Toulon, c’était en 2019, et nous l’avons jouée au Festival de Solliès-Pont en 2024. C’est donc un vrai plaisir de revenir chez moi, dans ma ville. J’avais déjà joué les premières représentations d’ »Hypo » au Colbert il y a une dizaine d’années. C’est une très belle salle et je suis très heureux d’y revenir.
Fabrice Lo Piccolo

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