Nina Durup – Embarquer le public.

Gagarine Is Not Dead le dimanche 2 août à Bandol

Nina Durup accompagne « Gagarine Is Not Dead » à la production et à la diffusion, suivant son déploiement dans l’espace public. Elle évoque l’élan collectif qui porte le projet et la manière dont les compagnies travaillent à créer une relation directe avec le public. Un regard précis sur une aventure qui s’invente au cœur de la rue.

Le spectacle s’ouvre sur une histoire poétique : quatre apprentis cosmonautes en quête d’un dernier hommage. Comment cette idée a-t-elle émergé au sein des deux compagnies ?
L’envie de créer ensemble est venue naturellement : Les Sanglés et En corps En l’air avaient déjà collaboré auparavant, et l’idée d’une nouvelle aventure s’est imposée d’elle-même. Le point de départ du spectacle est une histoire simple et touchante : quatre apprentis cosmonautes veulent disperser les cendres de leur professeur d’astronomie dans l’espace. À partir de cette trame, les artistes ont imaginé une conquête spatiale décalée, drôle et sensible. Le spectacle joue avec l’imaginaire des étoiles, mais sans en faire l’apologie. Aujourd’hui, la conquête spatiale soulève des questions écologiques importantes ; ce contraste entre rêve d’enfance et préoccupations contemporaines nourrit l’humour, la poésie et l’émotion du spectacle.

La machine transformée en lanceur spatial est devenue un élément central du spectacle. Quelle place occupe-t-elle dans la création ?
Tout est parti d’une véritable pelleteuse de cimetière, trouvée dans la Marne, que l’équipe artistique a entièrement transformée. Une fois électrifiée, rallongée et réinventée, elle est devenue un agrès de cirque non conventionnel capable de monter jusqu’à douze mètres de haut. Cette machine n’est pas un simple dispositif spectaculaire : elle est presque un personnage. Les artistes ont beaucoup expérimenté pour éviter qu’elle ne devienne un manège. Ses mouvements, ses transformations et les agrès qui y sont suspendus créent une écriture scénique à part entière. Une vieille cuve devient une capsule spatiale, une pelle araignée se métamorphose en fusée… Cette dimension artisanale et inventive fait partie de l’identité du spectacle.

Vous accompagnez le projet à la production et à la diffusion. Qu’est-ce qui vous a donné envie de porter cette aventure dans la durée ?
Je viens du théâtre de rue depuis l’enfance, et j’ai toujours été sensible aux machineries improbables, au bricolage audacieux, à ces objets détournés qui deviennent soudain poétiques. « Gagarine Is Not Dead » propose plusieurs portes d’entrée : humour, grands visuels, émotion. Il peut toucher des passants qui n’auraient jamais franchi la porte d’un théâtre. C’est ce que j’aime défendre : un art accessible, vivant, qui rencontre immédiatement le public. Et la machine, les défis techniques, l’inventivité de l’équipe… tout cela m’a donné envie d’accompagner cette création.

Après près de deux cents représentations, que vous disent les réactions du public sur la force du théâtre de rue aujourd’hui ?
Le théâtre de rue possède quelque chose de précieux : il s’adresse à tout le monde, sans distinction. Il suffit de passer par là pour devenir spectateur. Cette absence de barrière est essentielle. On constate d’ailleurs que le public est toujours plus nombreux lors des festivals d’arts de la rue, même si les moyens ne suivent pas toujours. Malgré cela, nous continuons à défendre cette forme artistique parce qu’elle crée des parenthèses collectives. Pendant une heure, plusieurs centaines de personnes rient, s’émerveillent et rêvent ensemble. C’est cette expérience commune qui donne tout son sens à notre travail !

Julie Louis Delage