Cinéma

Olivier Desmulliez – Une bande-son rétrofuturiste pour « Trafic ».

Hors-Série Spécial FiMé

Samedi 31 octobre à 18h au Liberté à Toulon.

Pour ouvrir la vingtième édition du FiMé, le trio Temps Calme mettra en musique « Trafic » de Jacques Tati, samedi 31 octobre à 18h, salle Albert-Camus du Liberté, à Toulon. Olivier Desmulliez, guitariste et joueur de banjo du groupe, nous raconte la naissance de ce ciné-concert aux sonorités rétrofuturistes.

Pouvez-vous nous présenter Temps Calme et nous raconter l’histoire du trio ?
À l’origine, Temps Calme est un trio réunissant guitare, synthétiseurs, basse et batterie, dans un univers pop et psychédélique. Nous avons sorti deux albums avant de créer ce ciné-concert autour de « Trafic », qui a ensuite donné naissance à notre troisième album. Le spectacle a été créé en 2023 et tourne depuis 2024. Plusieurs dates sont déjà prévues en 2027.

Pourquoi avoir choisi « Trafic » ? Qu’est-ce qui vous attirait particulièrement dans ce film ?
Au départ, j’avais envie d’écrire la musique d’un road movie. « Trafic » est une sorte de road movie à la française, mais traversé par le regard très particulier de Jacques Tati sur la société de consommation, la propriété individuelle et la place occupée par la voiture. Nous avons aussi toujours beaucoup aimé ses films, tous les trois. Celui-ci se prêtait particulièrement bien au ciné-concert, car il comporte très peu de dialogues.

Les bruitages et les silences occupent une place essentielle dans le cinéma de Jacques Tati. Comment avez-vous réussi à intégrer votre musique à cet univers sonore ?
Nous avons commencé par retravailler la bande-son. Pendant le ciné-concert, nous conservons le son d’origine, diffusé par une enceinte centrale comme cela se faisait à l’époque. Nous avons toutefois repris le mixage pour atténuer certains éléments, notamment les nombreux bruits de voitures, de moteurs et d’échappements. De notre côté, nous jouons en stéréo, de part et d’autre de l’écran. Nous avons imaginé une musique rétrofuturiste, avec des sonorités contemporaines produites à partir d’instruments évoquant les années 1960 et 1970. Cela apporte une couleur rétro tout en conservant une écriture actuelle.

Votre musique est souvent décrite comme un mélange d’électronique, de jazz, de pop psychédélique et de krautrock. Cette dernière influence est-elle présente dans le ciné-concert ?
Le krautrock était peut-être davantage présent à nos débuts, mais on en retrouve quelques passages dans le ciné-concert. Cela correspond bien à son caractère rétrofuturiste. Après deux albums, nous possédions déjà une identité musicale affirmée : nous l’avons adaptée pour qu’elle épouse le film. Parmi les influences, je pense à François de Roubaix, pour son rapport à la musique de film, au design sonore et à l’expérimentation. Mais nous n’avons pas cherché à nous référer précisément à d’autres groupes. Nous avons pris beaucoup de temps pour écrire et essayé énormément de choses.

À travers les embouteillages et les absurdités liées à l’automobile, trouvez-vous que « Trafic » porte encore un regard actuel sur notre société ?
Oui. Dans les années 1960 et 1970, tout le monde voulait acheter une voiture. Aujourd’hui, j’habite en centre-ville et je connais de moins en moins de personnes qui en possèdent une. Beaucoup se déplacent à vélo et préfèrent en louer une pour partir en vacances. Le film offre une photographie très intéressante de la société d’il y a plus de cinquante ans. Avec la hausse du prix de l’essence, beaucoup cherchent à se déplacer autrement, à moins polluer et à consommer moins d’énergie. Les choses évolueront encore, mais « Trafic » reste très actuel.
Grégory Rapuc

 

TRAFIC

DE Jacques Tati

France – 92 min. – Couleur – 1971.
Avec Jacques Tati

Monsieur Hulot, dessinateur d’un camping-car expérimental, accompagne celui-ci sur les autoroutes de France et de Belgique en direction du Salon de l’automobile d’Amsterdam où le modèle doit être exposé. Mais entre les nombreuses pannes, les problèmes mécaniques, la fouille à la douane, l’accident, la route est longue et semée d’embûches, qui mettent en péril la réussite commerciale de l’opération, menaçant Hulot et son camping-car de ne pas arriver à temps pour l’ouverture du salon…