Spectacles vivants

Raphaëlle Rancher – Force, amour et compréhension.

Dossier spécial Regard sur Rue

SITU, les 26 et 27 septembre

Fidèle aux portés acrobatiques comme langage commun, le collectif Ino Kollektiv présente « SITU », une création portée par six artistes venues de plusieurs pays d’Europe, qui interroge la place de chacune, dans le groupe comme dans la société. Après le succès d' »INO », joué plus de cinquante fois à travers l’Europe, le collectif présentera cette nouvelle pièce au festival Regards sur Rue.

Comment est née l’envie de créer Ino Kollektiv ?
D’abord de rencontres, lors de stages ou d’écoles de cirque. Le porté acrobatique est une discipline très genrée : l’image classique, c’est un grand porteur costaud et une petite voltigeuse légère au-dessus. Dans nos écoles, selon notre morphologie, on nous disait « tu es trop grande pour voltiger », « pas assez forte pour porter »… L’envie de départ, c’était de se retrouver entre femmes, dans un espace où on se sente en sécurité et à notre place, sans qu’on nous dise ce qu’on peut ou ne peut pas faire. Trois semaines de résidence plus tard, l’énergie était tellement belle qu’est né notre premier spectacle, « INO », un nom emprunté à l’espéranto, la particule qu’on ajoute pour féminiser un mot. Aujourd’hui, Ino Kollektiv réunit des femmes et des personnes non binaires ; sur scène, on ne travaille jamais avec des hommes cis. On garde ce langage commun, celui du corps : même quand on ne parle pas la même langue, on se comprend, on se touche, on se regarde.

Vous dites qu' »INO » vous semble aujourd’hui « un peu étroit ». Qu’est-ce qui a changé entre les deux créations ?
On a grandi, évolué. Certaines d’entre nous sont devenues mamans depuis, ça change le regard et la disponibilité au travail, il faut s’adapter, encore, comme on avait déjà appris à s’adapter les unes aux autres à nos débuts. Dans « INO », on échangeait déjà les rôles de porteuse et de voltigeuse, mais dans « SITU » on a voulu accentuer ce geste : toutes portent, toutes voltigent, ce qui n’est pas si courant dans les autres collectifs de porté. On y interroge la place qu’on occupe, dans un groupe, dans la société, et même très concrètement : si je suis assise sur cette chaise, personne d’autre n’y est, sauf si je me lève. C’est aussi une question plus philosophique, sur ce qui nous définit et comment cette position évolue.

Le programmateur du Pôle, Cyrille Elslander évoquait « SITU » comme une pièce autour de la rencontre. Est-ce un mot que vous choisiriez vous-même ?
Oui, ça correspond. J’ajouterais que c’est aussi la rencontre avec nous-mêmes, et surtout avec le public. Dans « SITU » comme dans « INO », il n’a pas qu’une position de spectateur : on aime le faire participer, sortir de la scène, aller vers lui. C’est un lien assez fort qu’on cherche à créer à chaque fois.

Diriez-vous qu’Ino Kollektiv est un collectif militant ?
Oui, je crois que oui. Même si, je parle là à titre personnel, on n’est pas forcément dans la parole avec des mots très clairs, mais plutôt dans nos actions, dans le corps, à travers nos spectacles. On s’est donné la possibilité de faire ce qu’on nous disait qu’on ne pouvait pas faire, et c’est déjà, en soi, une forme d’engagement.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite de l’aventure ?
Qu’il ait une aussi belle vie qu' »INO » : qu’il voyage, qu’il touche autant de monde. On a déjà eu de très beaux retours cet été, à Chalon et à Aurillac, et des dates sont prévues pour l’année prochaine. On aimerait vraiment le faire voir un peu partout, à travers l’Europe et au-delà. Et on a hâte d’être à Regards sur Rue et on est très contentes d’aller à la rencontre du public.

Julie Louis Delage