Tristan Lucas – Du bureau au stand up tout terrain.
Français Content, le 9 octobre au Festival Rires en Automne à Vidauban
L’humoriste pose ses valises dans le Var pour le festival Rires en Automne à Vidauban. C’est depuis son vélo qu’il nous a accordé un entretien téléphonique et qu’il s’est confié sur son parcours. De sa reconversion post-entreprise à la captation de « Français Content » jusqu’à la création de son nouveau spectacle « Décennies », retour sur la démarche d’un artiste itinérant qui fait voyager le stand-up hors des sentiers battus.
Vous êtes passé par une école de commerce et un poste chez Gulli avant de basculer dans le stand-up, à la trentaine. Comment ce virage s’est-il opéré ?
Je ne suis jamais monté sur scène avant vingt-sept ou ving-huit ans. J’ai découvert la scène par l’improvisation, puis le stand-up par curiosité, longtemps resté une activité annexe, comme le foot le dimanche. Il y a cinq ans, les émissions dont je m’occupais pour la TV se sont arrêtées. Je me suis dit : soit un autre boulot de bureau, soit tenter de vivre de mes blagues. Ça s’est fait naturellement, j’avais déjà l’expérience et les contacts, je savais où jouer.
Votre spectacle, « Français Content », aborde des sujets « sensibles ». Comment travaillez-vous l’écriture, la frontière entre audace et bienveillance ?
Sur un sketch comme « la Maison des Esclaves au Sénégal », j’ai mis du temps à la trouver. Le sujet peut parfois être mal perçu au départ, et s’y aventurer en tant que Blanc est une vraie prise de risque. L’idée, c’est que tout le monde me suive : j’aime être un peu trash, mais je veux qu’on reste avec moi. C’est un travail d’affinage en Comedy Club, une histoire de rythme et d’autodérision, qui fait comprendre au public qu’il y a du second degré, et que ça ne fait pas de nous de mauvaises personnes. Le titre du spectacle, lui, vient d’une phrase de Sylvain Tesson, « la France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer » : on a tendance à se plaindre alors qu’on est très privilégiés, et mes voyages en Argentine et au Mexique m’ont aidé à le voir. Aujourd’hui je grave ce spectacle dans le marbre en le faisant capter, pendant que je prépare la suite avec « Décennies ».
Vous avez aussi initié des tournées à vélo, en van, en bateau, et joué le spectacle dans plus de quinze pays. Comment un humour aussi français s’exporte-t-il, et que changent ces formats atypiques ?
Il y a le côté écologique, mais surtout l’idée de décentraliser la culture : à Paris, c’est Avignon tous les soirs. L’idée, c’est d’amener le stand-up, un format très urbain, dans des jardins, des fermes, des endroits qui ne le connaissent pas. Il m’est arrivé d’être interrompu par un cheval ou un chien installé sur ma botte de paille, ma scène du soir. Je fais un stand-up tout-terrain, on ne me l’enlèvera pas. À l’étranger, c’est surtout pour des expatriés, dans des clubs français. Ça se complique ailleurs : au Congo, j’ai travaillé deux heures avec un humoriste congolais, car certaines références ne parlaient pas au public local. En Espagne, j’ai joué en espagnol : impossible de traduire tel quel, il a fallu réécrire une partie du texte.
Vous venez à Vidauban à deux dates différentes, en avant-première de Mathieu Madénian, puis en seul en scène avec l’intégralité de « Français Content ». Qu’est-ce que ça représente ?
Le public de Vidauban va me voir deux fois, ce qui est plutôt rare, et j’aime bien cette idée. Ce ne sont pas les mêmes exercices : ouvrir une soirée, c’est chauffer la salle pour quelqu’un d’autre, alors que porter tout un spectacle seul, c’est une autre responsabilité. Ce que j’ai envie de dire aux spectateurs, c’est de venir avec de bonnes nouvelles : celui ou celle qui m’en donne plusieurs a droit à un verre de calva. Je ne cherche pas à être une vedette, je veux juste qu’on passe un bon moment tous ensemble.
Julie Louis Delage