Cinéma

William Guyard – Un homme, trois instruments, un classique : l’art du ciné-concert.

Hors Série Spécial FiMé

Mercredi 4 novembre à 20h30 au Six n’étoiles à Six-Fours-les-Plages.

Invité du FiMé pour une soirée ciné-concert au Six n’étoiles, William Guyard accompagne en solo le burlesque de Harold Lloyd. En jouant au tempo des images, il propose une lecture sensible et précise du film muet, entièrement pensée pour la projection.

Comment le ciné-concert est-il entré dans votre vie ?
Par mon frère Arthur, pianiste. Il en faisait déjà, et il m’a incité à en faire de même. Je connaissais le principe, mais je n’avais jamais imaginé le pratiquer moi-même, encore moins en solo. J’ai longtemps joué en groupe, dans des projets très différents, et le collectif Pigments m’a permis d’explorer cette forme particulière, où l’on accompagne un film muet en direct, dans une relation très physique au rythme et à l’image.

Pourquoi “Monte là-dessus” occupe-t-il une place si particulière dans votre parcours ?
Parce que c’est le premier film que l’on m’a proposé de jouer seul. Je suis arrivé avec plusieurs titres possibles, et la salle a choisi celui-ci. Depuis, il a gardé une valeur sentimentale. Pour le FiMé, qui fête sa vingtième édition, c’est aussi ma première participation. Pour préparer un tel classique, je commence par une règle simple : je refuse d’écouter la musique d’origine. J’apprends le film par cœur, plan par plan, jusqu’à connaître sa mécanique interne. Ensuite, je compose en respectant le tempo de la mise en scène, cette cadence liée à la vitesse de la manivelle. Si je colle à ce tempo, chaque changement de plan tombe juste dans ce que je joue. Le matériau musical mêle répertoire, compositions personnelles et improvisation, mais rien n’est laissé au hasard : à chaque date, je rejoue quasiment la même structure.

Comment s’organise le passage entre guitare, saxophone et percussions en pleine projection ?
En repérant les silences. Les bandes-son d’époque en comportaient aussi, et j’utilise ces respirations pour changer d’instrument. Sur un film d’1h10 ou 1h20, plusieurs moments gagnent à rester nus : le silence porte l’émotion autant que la musique. C’est là que je bascule, dans un équilibre pensé pour accompagner la scène sans jamais la recouvrir.

Vous jouez seul, mais vous appartenez au collectif Pigments : qu’est-ce que cela change dans votre pratique ?
Le collectif crée un réseau. Quand on joue seul, on passe dans une salle puis on n’y revient pas forcément. Avec Pigments, les partenariats se construisent d’année en année, les films tournent, les équipes aussi. Moi, je suis le seul à jouer en solo, mais je porte l’esprit du collectif : une manière moderne d’aborder le ciné-concert, ouverte, curieuse, nourrie de styles très différents. C’est grâce à cette dynamique que j’ai pu jouer dans plusieurs villes, même si, sur scène, on ne voit pas vraiment le collectif en tant que tel : seulement son état d’esprit.

Qu’est-ce qu’un ciné-concert réussi, à vos yeux ?
Celui où le spectateur m’avoue, presque gêné, m’avoir oublié. Faire corps avec le film, jusqu’à disparaître derrière lui. Je ne cherche pas à restituer une partition d’origine : à l’époque, l’accompagnement se jouait en direct, et les bandes-son “officielles” sont arrivées bien plus tard. Jouer seul pendant 1h20, une cinquantaine de fois, révèle vite la nature de l’exercice : c’est physique, mental, exigeant. Mais une fois le pli pris, le plaisir arrive, et avec lui l’envie de recommencer, film après film.
Julie Louis Delage

 

MONTE LÀ-DESSUS ! (Safety Last)

De Fred Newmeyer et Sam Taylor

USA – 70 min. – NB – 1923.
Avec Harold Lloyd, Mildred Davis, Noah Young

Afin d’épouser sa bien-aimée, Harold décide d’aller faire fortune à la ville. À sa fiancée survenue à l’improviste, il fait croire qu’il occupe un poste directorial et décide de gravir les échelons hiérarchiques. Harold Lloyd est à son apogée dans ce classique du burlesque, rendu célèbre par l’escalade vertigineuse de la façade du Bolton Building à Los Angeles.